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ALEX BODI ȘI AMBASADORUL REPUBLICII SUDANUL DE SUD, GUM DOMINIC MATIOK, DISCUTĂ LA BERLIN DESPRE POSIBILITATEA ÎNFIINȚĂRII UNUI CONSULAT ONORIFIC LA BUCUREȘTI
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Frites surgelées: le nord de la France, nouvel Eldorado à l'accent belge
Un site de production tournant à plein régime, d'autres en chantier: depuis quelques années, les projets d'usines de frites surgelées fleurissent dans les Hauts-de-France, mais sont menés par des industriels belges, faute de savoir-faire français en la matière.
A Bourbourg, près de Dunkerque (Nord), il faut 90 minutes à une pomme de terre pour finir en frites, après avoir été nettoyée, pelée à la vapeur, découpée, blanchie, précuite, pesée puis emballée.
Grâce à ses deux lignes de production et un fonctionnement "sept jours sur sept, 24 heures sur 24", cette usine du groupe belge Clarebout, numéro 3 mondial de la transformation de pommes de terre, peut traiter jusqu'à 2.500 tonnes par jour, assure David Caron, le directeur du site qui a ouvert en 2023.
Pour Clarebout, c'est une première: ses deux autres usines sont situées à la frontière, à quelques dizaines de kilomètres, mais côté belge.
"Le but était d'avoir une usine en France pour faire du +made in France+ et pouvoir travailler avec les producteurs français", explique David Caron.
Autre acteur belge du secteur, Ecofrost a fait un choix similaire en installant son usine, actuellement en travaux, à Péronne (Somme). Au coeur du Santerre, "une région très productrice en termes de pommes de terre", souligne Matthieu Lenglet, cofondateur de cette usine et producteur de pommes de terre à une trentaine de kilomètres de là.
- Doubler la production française -
Enfin, Agristo, qui compte plusieurs usines dans les Flandres belges, a racheté le site du sucrier Tereos à Escaudoeuvres, près de Cambrai (Nord), et prévoit d'y démarrer en 2027 sa production.
A elles seules, ces trois usines devraient permettre de quasiment doubler d'ici cinq ans la production française de pommes de terres transformées, qui s'élevait en 2023/2024 à 1,6 million de tonnes, selon le Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre (GIPT).
Pendant vingt ans, cette production transformée a stagné en France, tandis qu'elle a quadruplé en Belgique, selon Bertrand Ouillon, délégué général du GIPT. Une évolution qu'il explique par "des raisons financières, des systèmes d'aide et (...) des réglementations plus souples en Belgique qu'en France".
Mais les terres agricoles sont saturées en Belgique, et les industriels soulignent le besoin de se fournir auprès de producteurs plus proches de leurs usines.
Autre problématique: dans les Flandres belges, "le bassin d'emploi est presque asséché, c'est très compliqué d'avoir accès à de la main-d'oeuvre", relève Sylvain Bourdon, futur directeur de l'usine française d'Agristo.
Pour autant, l'expertise belge était indispensable, assure David Caron de Clarebout: "On a clairement eu besoin de la maîtrise, du savoir-faire de nos collègues de Belgique (...). Faire une frite, ça paraît simple. Mais il y a toute une notion de connaissance du produit, connaissance des équipements, paramètres à maîtriser".
- Un déficit commercial à combler -
Même logique chez Ecofrost à Péronne: "On va envoyer un petit groupe pilote de personnes en Belgique, qui vont devenir référents chacun d'une partie du process et vont revenir former" le reste des équipes, explique le directeur du site Grégoire Dechilly.
Ces créations d'usines, ainsi que les 350 millions d'euros d'investissements annoncés l'an dernier par le géant canadien McCain pour moderniser et augmenter la capacité de ses trois sites dans le Pas-de-Calais et la Marne, sont une aubaine pour la balance commerciale française.
Car dans le secteur de la pomme de terre, le commerce extérieur tricolore souffre depuis des décennies d'un paradoxe: la France est le premier exportateur mondial de patates, notamment à destination de la Belgique... mais une bonne partie d'entre elles finissent par revenir dans l'Hexagone une fois transformées en frites, chips ou encore pommes noisettes.
La France a encore enregistré sur 2023/2024 un déficit commercial de 473 millions d'euros sur les pommes de terre transformées, d'après le GIPT. Avec les nouvelles usines, "on va devenir exportateur net", espère Bertrand Ouillon.
Mais il va falloir considérablement doper la production française de pommes de terre pour répondre à la demande des industriels, notamment dans la région Hauts-de-France, qui concentre plus de 60% de la production nationale de patates.
"On est en ordre de marche", assure Joanny Dussurgey, président du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT), selon lequel tout le secteur français est mobilisé pour relever ce défi.
W.Huber--VB