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ALEX BODI ȘI AMBASADORUL REPUBLICII SUDANUL DE SUD, GUM DOMINIC MATIOK, DISCUTĂ LA BERLIN DESPRE POSIBILITATEA ÎNFIINȚĂRII UNUI CONSULAT ONORIFIC LA BUCUREȘTI
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La foi afro-brésilienne fêtée au carnaval, mais discriminée au quotidien
Dans les ateliers d'une école de samba, Leandro Vieira surveille les préparatifs de son défilé pour le carnaval de Rio de Janeiro, qui va exalter la richesse spirituelle du candomblé, l'une des principales religions afro-brésiliennes.
À quelques kilomètres de là, non loin du célèbre stade Maracana, Fernanda Marques Franco dos Anjos, prêtresse d'umbanda, un autre culte afro-brésilien, fond en larmes face aux décombres de son temple, ou "terreiro".
Ventilateurs arrachés, équipements volés, objets sacrés détruits. Sur le sol, près de ce qu'il reste d'une image d'Oxum, la déesse de l'amour, les vandales ont laissé une bible.
Oxum et d'autres orishas, divinités d'origine africaine, seront honorées par la plupart des douze écoles de samba qui défileront de dimanche à mardi dans l'enceinte du légendaire sambodrome.
Des dizaines de milliers de spectateurs vont admirer cette représentation des mythes et rituels qui se sont développés au long des derniers siècles au Brésil avec l'arrivée de cinq millions d'esclaves venus d'Afrique.
"Le défilé des écoles de samba est un patrimoine artistique d'une valeur incalculable, vendu dans le monde entier comme une marque de fabrique de la culture brésilienne, mais les religions d'origine africaine n'en sont pas moins discriminées", dit à l'AFP Leandro Vieira, 41 ans, directeur artistique de l'école Imperatriz Leopoldinense.
Ce paradoxe "montre que la société brésilienne a du mal à comprendre l'apport esthétique, artistique et social de la culture noire", déplore-t-il.
- Diabolisation -
"Les gens acceptent le carnaval, qui est magnifique, mais nous, nous souffrons de nombreux préjugés", s'indigne Fernanda Marques Franco dos Anjos, dite "mère Fernanda", 42 ans, avocate et responsable du "terreiro" Caboclo Pena Dourado. "C'est notre réalité au quotidien: on nous fait taire, on nous détruit."
Selon les dernières données disponibles, celles du recensement de 2010, près de 600.000 Brésiliens se disent adeptes de religions d'origine africaine.
Les actes portant atteinte à la liberté religieuse ont augmenté de 81% au Brésil l'an dernier par rapport à 2023, une hausse croissante ces dernières années, d'après les chiffres officiels.
Les fidèles d'umbanda et de candomblé voient leurs cultes souvent associés à tort à de la sorcellerie ou au satanisme, et résumés par le terme péjoratif "macumba". Ils ont été victimes de trois fois plus d'agressions d'une année sur l'autre.
L'Observatoire des libertés religieuses (OLR), un réseau indépendant de chercheurs, a présenté en 2023 à l'ONU un rapport faisant état de "terreiros" incendiés, de responsables religieux menacés et de fidèles ayant perdu leur emploi en raison de leurs croyances.
"Tu ne peux pas t'afficher sur LinkedIn (en tant qu'adepte d'une religion afro-brésilienne) ni arborer un collier de protection sur Instagram, ça risque de te coûter ton boulot", confirme Isabella Menezes Antas, 41 ans, prêtresse du "terreiro" Academia de Umbanda, dans le centre-ville de Rio.
- Racisme -
"Les religions afro-brésiliennes ont toujours été victimes de violence", explique Christina Vital, sociologue de l'Université fédérale Fluminense.
"Son importance artistique et culturelle est reconnue, mais ce n'est pas suffisant face au racisme et à l'intolérance structurelles", affirme-t-elle.
Maria Eduarda Oliveira, coiffeuse de 24 ans, se souvient d'avoir été traitée de "guenon de la macumba" à l'école.
"Cela m'a ébranlée, mais comme j'ai été bien éduquée pour revendiquer ma négritude et mon histoire, j'ai pu aller de l'avant", confie-t-elle, en déposant dans l'océan sur la plage d'Ipanema une offrande à Iemanja, la déesse de la mer.
Ces préjugés touchent même des célébrités comme la popstar Anitta, qui a perdu 300.000 abonnés sur les réseaux sociaux après avoir révélé être une adepte du candomblé.
- "Résistance" -
Ivanir dos Santos, professeur d'université et membre de l'OLR, attribue cette discrimination "à l'expansion politique de groupes évangéliques" et de "chrétiens intégristes" ayant pour but d'"étouffer" l'héritage spirituel africain au Brésil.
Près d'un tiers des Brésiliens sont de confession évangélique, et cette population ne cesse d'augmenter.
Dans les favelas et autres quartiers pauvres, les responsables religieux et adeptes de cultes afro-brésiliens sont persécutés par des factions criminelles qui sèment la terreur dans ces territoires et cherchent à y imposer les religions chrétiennes, selon le rapport de l'OLR.
"Les gens doivent respecter le droit de chacun à suivre sa religion", déclarait récemment Anielle Franco, ministre de l'Egalité raciale, qui a mis en place un service de dénonciations anonymes et des programmes de prévention et d'éducation contre l'intolérance religieuse.
"Nos ancêtres ont survécu à l'esclavage, et nous continuerons à survivre malgré cette violence", jure Ivanir dos Santos, invoquant l'esprit de "résistance".
L.Stucki--VB