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BP enterre son ambitieuse stratégie climat et remet les gaz sur les hydrocarbures
Le géant britannique des hydrocarbures BP a renoncé mercredi à une stratégie climatique autrefois ambitieuse pour se recentrer sur le pétrole et le gaz, avec l'espoir de doper ses bénéfices en berne et ses redistributions aux actionnaires.
Le groupe, qui s'était distingué à partir de 2020 par un plan de neutralité carbone qui allait plus loin que ses principaux rivaux, était déjà largement revenu depuis deux ans sur ses objectifs climatiques.
Il avait de nouveau prévenu en décembre qu'il comptait réduire "de manière significative" ses investissements dans les énergies renouvelables.
"Nous allons accroître nos investissements et notre production" dans les hydrocarbures "pour pouvoir produire de l'énergie à forte marge dans les années à venir" et "nous serons très sélectifs dans nos investissements dans la transition", a confirmé mercredi le directeur général Murray Auchincloss dans un communiqué.
"Notre optimisme sur une transition rapide était mal placé et nous sommes allés trop loin, trop vite", a-t-il ajouté un peu plus tard lors d'une présentation en ligne, affirmant que "le pétrole et le gaz seront nécessaires pendant des décennies à venir".
Après la publication voici deux semaines d'un bénéfice net réduit de 97% l'an dernier, le dirigeant s'est exprimé mercredi en début d'après-midi auprès d'investisseurs pour "remettre à zéro" la stratégie du groupe.
BP a ainsi annoncé le retrait de "tous ses objectifs précédents", notamment en termes de réduction d'émissions (il assure cependant viser toujours une réduction des émissions issues de ses opérations), pour se concentrer sur "la génération de retours plus élevés" pour ses actionnaires, trancher dans ses coûts, jusqu'à 5 milliards de dollars d'ici 2027, et réduire sa dette.
BP avait déjà annoncé en janvier 4.700 suppressions d'emplois en interne, plus de 5% de ses effectifs.
- Production en hausse -
Le groupe prévoit désormais qu'il augmentera sa production d'hydrocarbures d'ici 2030, là où il visait précédemment une diminution de 25% par rapport à 2019 (un objectif déjà revu à la baisse précédemment).
Il compte aussi augmenter ses investissements dans le pétrole et le gaz à 10 milliards de dollars par an, soit les deux tiers des investissements prévus en 2025.
En parallèle, il réduira de 5 milliards de dollars par an ses investissements dans ses projets de transition (qui ne pèseront désormais plus que 1,5 à 2 milliards par an).
BP a aussi annoncé un objectif de 20 milliards de dollars de cessions d'ici 2027, qui pourraient notamment concerner sa filiale de lubrifiants moteurs Castrol.
"Les objectifs financiers sont ambitieux" mais "la réaction du marché laisse penser que les investisseurs vont avoir besoin d'être convaincus qu'ils peuvent être atteints", selon Derren Nathan, analyste chez Hargreaves Lansdown.
De fait, le titre de BP à la Bourse de Londres recule de près de 2% vers 16H00 GMT.
- Sous pression -
Pour Greenpeace, qui louait en 2022 "le plus ambitieux des géants pétroliers" pour sa transition, ces renoncements successifs ne passent pas.
"C'est la preuve irréfutable que les entreprises du secteur des combustibles fossiles ne peuvent pas ou ne veulent pas participer aux solutions à la crise climatique", a réagi peu après les annonces Charlie Kronick, un responsable de l'ONG au Royaume-Uni.
Ces revirements successifs ont aussi échaudé certains actionnaires favorables à des objectifs climatiques ambitieux, dont des gros fonds de pension.
Mais l'entreprise est également sous pression d'investisseurs activistes qui plaidaient pour des changements importants de stratégie: c'est le cas du fonds Bluebell, qui appelle depuis plus d'un an le groupe à revoir à la baisse ses ambitions jugées "irrationnelles" sur les énergies propres.
Des informations de presse ont aussi fait état ces dernières semaines d'une prise de participation "significative" du fonds d'investissement activiste Elliott Management, connu pour demander des changements stratégiques au sein des groupes dans lesquels il investit.
Le britannique n'est pas le seul à faire machine arrière sur ses objectifs climatiques pour doper sa rentabilité: c'est notamment le cas de Shell, groupe du même pays.
Le français TotalEnergies maintient, lui, ses objectifs de réduction d'empreinte carbone, mais a annoncé récemment qu'il allait réduire de 500 millions de dollars, de 5 à 4,5 milliards de dollars, la part de ses investissements en 2025 dédiée aux "énergies bas carbone".
E.Gasser--VB