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Alexis Kohler, le premier de cordée de l'Elysée sous Emmanuel Macron
Partira? Partira pas? Les spéculations repartent de plus belle sur le sort d'Alexis Kohler, inamovible collaborateur d'Emmanuel Macron depuis Bercy, secrétaire général de l'Élysée depuis bientôt huit ans, incontournable, malgré les critiques, pour toutes les grandes décisions, mais toujours dans l'ombre du patron.
Le 22 février, le quotidien L'Opinion écrit, au conditionnel, qu'Alexis Kohler devrait bientôt quitter l'Élysée pour rejoindre la Société générale. Avançant même quelques noms pour sa succession à l’Élysée. "Il n'a rien signé et il est en poste", répond laconiquement un conseiller de la présidence, sollicité par l'AFP.
Deux ans au moins que les spéculations vont et viennent sur son départ de l'Élysée. Bientôt la fin d'une époque? D'abord directeur de son cabinet à Bercy (2014-2016) après avoir été celui de Pierre Moscovici, Alexis Kohler occupe la très stratégique fonction de secrétaire général du président Macron depuis son élection en 2017.
Dans la prestigieuse liste de ses prédécesseurs, seul Jean-Louis Bianco - neuf ans auprès de François Mitterrand - est resté plus longtemps. Mais ce Strasbourgeois de naissance (52 ans), énarque, diplômé de l'Essec et de Sciences Po Paris, marié et père de trois enfants, est le seul à avoir accompli tout un mandat présidentiel. Mieux: il a été maintenu en poste après la réélection, puis après la dissolution.
A telle enseigne que depuis l'irruption en politique du patron, il est difficile d'imaginer l'un sans l'autre.
Ceux qui ont prétendu contrecarrer son influence auprès du chef de l’État en ont été pour leur peine. Ainsi de la réforme des retraites. "Kohler a quasiment mis sa tête sur le billot... Il est névrotique sur la question", expliquait à l'époque un député Renaissance.
-"Confiné" de l'Élysée-
Avant la réélection de 2022, un poids lourd de la macronie ironisait sur le "confiné zéro" du Château, "entré à l'Élysée en mai 2017 et jamais ressorti depuis", souvent érigé en symbole de la mainmise de la haute fonction publique, celle qui couperait le président des réalités du pays.
"Ces gens n'ont jamais rencontré un électeur", ironise un cadre du bloc central.
Réputé pour son ardeur à la tâche, son "intelligence et sa capacité d'analyse", Alexis Kohler cultive une réputation ambivalente.
D'un côté, garde-fou de mesures élaborées parfois à l'emporte-pièce par un chef de l’État réputé aussi transgressif qu'insoucieux de leur mise en œuvre.
De l'autre, garde-barrière, celui qui, depuis son bureau attenant, filtre l'accès à celui du président - ce qui lui vaut des inimitiés parmi les conseillers. Qui arbitre parfois au nom du patron, quitte à être vu par un familier du Palais comme "le castrateur en chef".
A cela s'ajoute cette indécollable image technocratique, qui a culminé lors de la crise des "gilets jaunes" que le secrétaire général, selon ses détracteurs, n'aurait pas vu venir.
Si sa silhouette n'apparaît publiquement que lors des annonces de remaniement, sur le perron de l'Élysée, son nom a régulièrement été cité dans la chronique judiciaire. Notamment pour l'affaire MSC: il est mis en examen depuis 2022 pour prise illégale d'intérêts, soupçonné d'avoir participé comme haut fonctionnaire de 2009 à 2016 à plusieurs décisions relatives à cet armateur italo-suisse, fondé et dirigé par les cousins de sa mère, la famille Aponte.
Pour la cour d'appel de Paris, "un pacte de silence" a permis à Alexis Kohler de dissimuler ce lien familial. Lui assure n'avoir "jamais considéré être en situation de conflit d'intérêt".
- Bientôt auditionné? -
S'il puise des "racines intellectuelles dans le rocardisme", l'Alsacien n'admet aucune autre "matrice idéologique que celle du président": "il faut que chacun soit à sa place", dit-il en privé. La loyauté lui a valu d'être l'un des premiers à être mis dans la confidence de l'intention présidentielle de dissoudre l'Assemblée au printemps dernier.
Une influence silencieuse, qu'il aime étendre aux "cuisines" des décisions rendues, en empruntant, avec son humour pince-sans-rire, cette citation à Bismarck: "Les lois, c'est comme les saucisses, il vaut mieux ne pas être là quand elles sont faites".
Outre le dossier MSC, M. Kohler est visé par une enquête du Parquet national financier pour des soupçons de "trafic d'influence" autour de la fusion Veolia-Suez.
Il a en outre refusé de se rendre début février devant une commission d'enquête parlementaire sur le dérapage budgétaire, invoquant successivement des problèmes d'agenda, puis "le principe de séparation des pouvoirs". La commission a donné le 19 février son feu vert pour engager une procédure pénale contre lui s'il refusait à nouveau d'être auditionné.
Une autre commission d'enquête parlementaire, cette fois sur les pratiques des industriels de l'eau en bouteille, prévoit également de l'entendre, afin de déterminer s'il a cédé à un lobbying de Nestlé.
I.Stoeckli--VB