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Pêche: des populations de poissons en panne de renouvellement
En dépit du recul de la surpêche, un tiers des poissons débarqués en France proviennent de populations qui peinent à se renouveler, souffrant du changement climatique, de la pollution et de la destruction de leurs habitats.
Dans son bilan annuel présenté mercredi, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) a annoncé que 58% des poissons débarqués en France en 2023 provenaient de populations non surpêchées, tandis qu'un poisson sur cinq (19%) était issu de populations de poissons surexploitées.
Après une nette amélioration entre 2008 et 2016, l'état de santé des populations de poissons débarquées en France ne connaît, depuis plusieurs années, que des "fluctuations mineures", a souligné Clara Ulrich, coordinatrice des expertises halieutiques à l’Ifremer lors d'une conférence de presse.
Le recul de la surpêche aurait dû accroître l'abondance des stocks, car "si on pêche moins, il y a plus de poissons dans la mer", note la chercheuse.
Mais, malgré la forte baisse (-19%) des débarquements de poissons en France, passés de 400.000 tonnes en moyenne en 2010-2018 à 323.000 tonnes en 2023, on peine à voir se matérialiser les bénéfices d'une gestion un peu plus durable de la ressource.
Pour tenter d'expliquer ce paradoxe, les chercheurs de l'Ifremer se sont penchés sur le "recrutement", c'est-à-dire l'abondance annuelle de jeunes poissons.
En analysant systématiquement les données disponibles, les scientifiques se sont aperçus que près de 31% des poissons débarqués en France provenaient de populations dont le recrutement est en baisse et seulement 20% de populations dont le recrutement est en hausse - les données sont insuffisantes pour les 49% restants.
- "déclin de la biodiversité"-
"Les poissons pondent des milliers, voire des millions d'œufs, et seulement une infime partie de ces œufs vont devenir des bébés poissons. On dit traditionnellement que c'est 1 sur 100.000, voire 1 sur 1 million ou 10 millions pour des espèces comme le cabillaud", souligne Mme Ulrich.
"Les larves et les œufs de poissons sont des organismes très fragiles. Ils n'ont que quelques jours pour réussir à trouver un environnement favorable pour devenir un poisson", explique-t-elle.
Le succès de la reproduction peut ainsi être affecté par de multiples facteurs comme la pollution, la présence d'espèces invasives, la surpêche ou la destructions des habitats, a listé Mme Ulrich, rapprochant ce phénomène de celui plus général de "déclin de la biodiversité".
Même des populations de poissons en bon état (pas surpêchés et à la biomasse importante) peinent à générer de jeunes poissons, comme ou le merlu de l'Atlantique ou le hareng de Mer du Nord.
Ce dernier poisson est sans doute victime du réchauffement climatique: la période d'éclosion des larves de harengs n'est plus synchronisée avec les efflorescences de zooplancton, leur principale source de nourriture.
La sole de Manche Est, une espèce très dépendante des habitats côtiers, a sans doute souffert de la dégradation des vasières en baie de Seine. Malgré une "gestion assez stricte depuis bientôt 15 ans", la population est désormais considérée comme effondrée.
Si ces difficultés de renouvellement ne sont pas forcément liées à la surpêche, "il est essentiel d’éviter de surpêcher ces populations déjà fragiles", a souligné Youen Vermard, chercheur en halieutique à l’Ifremer.
Une moindre abondance de jeunes poissons signifie en effet des captures de pêche plus faibles à terme. C'est pourquoi, "même quand une population de poissons va bien, on peut avoir des quotas (de pêche) à la baisse parce qu'on projette un moindre nombre de poissons" à l'avenir, a expliqué M. Vermard.
C’est le cas du merlu de l’Atlantique, qui malgré une population en bon état, fait l'objet de baisse de quotas depuis plusieurs années, en raison d'une faible abondance de jeunes poissons.
J.Marty--VB