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Au premier jour de son procès, Joël Le Scouarnec reconnaît "des actes odieux"
L'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec a reconnu lundi avoir "commis des actes odieux", au premier jour de son procès devant la cour criminelle du Morbihan pour des viols et agressions sexuelles sur près de 300 patients, souvent mineurs au moment des faits.
"Si je comparais devant vous c'est qu'effectivement un jour, alors que pour la plupart ce n'étaient que des enfants, j'ai commis des actes odieux", a déclaré d'une voix hésitante l'accusé de 74 ans, après le résumé de l'affaire de la présidente de la cour Aude Buresi, au terme duquel les noms des 299 victimes ont été égrénées.
Lors de cette litanie de noms, "il a été très affecté, très abattu, très digne aussi, en tout cas à la hauteur des enjeux. Il n'y a pas du tout un souhait de se défausser, de minimiser", a estimé l'avocat de l'accusé, Me Maxime Tessier.
A l'issue de cette première journée d'audience, Mme Lévêque a confié : "J'avais plein de certitudes, je n'en ai plus aucune". "Moi j'étais sûre d'être prête, d'être forte et battante (…) De le voir la première fois, déjà, ça a été dur."
Interrogée sur cette reconnaissance de culpabilité par l'accusé, Me Marie Grimaud, qui représente 39 parties civiles à Vannes, a considéré que ce dernier "a une capacité d'authenticité, d'apparence d'authenticité; maintenant il va y avoir quatre mois pour éprouver l'apparente authenticité" de Joël Le Scouarnec.
L'audience a été levée peu après 17h30 après la déclaration de l'accusé. Elle reprendra mardi à 13h00.
- L'omerta médicale en question -
La plupart des 299 victimes étaient mineures au moment des faits, qui se sont passés dans les différents hôpitaux où a exercé l'ex-chirurgien, quand ses patients étaient souvent endormis ou en phase de réveil.
A l'ouverture des débats, les constitutions des parties civiles, du Conseil national de l'Ordre des médecins et du Conseil départemental de l'Ordre des médecins du Morbihan ont été contestées par d'autres parties civiles, leur reprochant leur silence notamment après la première condamnation du chirurgien en 2005 pour détention d'images pédopornographiques.
Une banderole proclamant "Médecins agresseurs, violeurs : Ordre des médecins complice" avait été déployée devant le tribunal et une trentaine de manifestants ont brandi des pancartes pour dire "Stop à la loi du silence".
Certaines parties civiles ont aussi déploré que la salle d'audience principale soit réservée aux victimes qui déposeront le jour-même, les autres étant reléguées dans une salle de retransmission située à quelques centaines de mètres.
Les victimes "attendent de retrouver un peu de dignité, d'humanité et surtout de la considération de la part de la justice", a estimé Me Grimaud.
"Cette audition, ce sera la première fois que les victimes le verront physiquement, auront son timbre de voix, son regard (...) autant d'éléments susceptibles de les mettre en difficulté."
La présidente Aude Buresi a déclaré au début du procès que ce choix de créer une salle de retransmission est uniquement dicté par la capacité d'accueil trop faible de la salle d'audience.
Cela n'a "nullement pour objet de vous tenir à l'écart des débats", a-t-elle assuré aux parties civiles.
- Pas un "objet de curiosité" -
Elle a aussi tenu à cadrer les choses concernant l'accusé: "M. Le Scouarnec, devant cette cour, vous n'êtes ni un objet de curiosité, ni un sujet d'études (...) mais un justiciable avec un certain nombre de droits".
"Il ne peut s'agir ici du procès des pédocriminalités dans leur ensemble, mais bien celui d'un homme, Joël Le Scouarnec, accusé par la société, pour les faits qui nous sont soumis et pour lesquels il va devoir répondre un par un, devant ses victimes", a renchéri l'avocat général, Stéphane Kellenberger.
Déjà condamné en 2020 à Saintes (Charente-Maritime) à 15 ans de prison pour viols et agressions sexuelles sur quatre enfants, dont deux nièces, l'ancien médecin est désormais jugé pour des actes perpétrés entre 1989 et 2014 dans des hôpitaux de l'ouest de la France.
Les enquêteurs ont retrouvé la trace de ses victimes - des patients âgés en moyenne de 11 ans au moment des faits - en décortiquant ses journaux intimes, découverts lors d'une perquisition à son domicile en 2017, après que sa voisine de six ans l'a dénoncé auprès de ses parents pour viol.
Ses écrits, très détaillés, indiquaient le nom, l'âge et l'adresse de ses victimes ainsi que les violences infligées, souvent sous couvert de geste médical.
Au total, Joël Le Scouarnec, qui se revendique "pédophile" depuis des décennies, sera jugé pour 111 viols et 189 agressions sexuelles, aggravés par le fait qu'il abusait de sa fonction de médecin. Il encourt une peine maximale de 20 ans de réclusion.
La journée de mardi, consacrée à la personnalité de l'accusé, sera un moment fort avec les témoignages de ses trois fils et de son ex-épouse.
Cette dernière affirme ne jamais avoir eu le moindre soupçon sur la pédocriminalité de son mari, malgré des écrits de ce dernier laissant penser le contraire, et une première condamnation du chirurgien pour détention d'images pédopornographiques en 2005, déjà à Vannes.
Le verdict est attendu le 6 juin.
E.Gasser--VB