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Masayoshi Son, l'ami japonais de Trump "touché par Midas"
Masayoshi Son, le magnat japonais à la tête de la nouvelle initiative du président américain Donald Trump en matière d'intelligence artificielle (IA) et PDG de SoftBank, a des antécédents en matière d'investissement à la fois spectaculaires et peu reluisants.
Mais avant de brasser des milliards et de côtoyer les puissants, M. Son a aussi connu la misère. Né en 1957 sur l'île de Kyushu (sud-ouest du Japon), sa famille, d'origine coréenne, subsistait difficilement en élevant de la volaille et des porcs.
"On ramassait les ordures des voisins pour nourrir nos bêtes. C'était tellement visqueux que j'en avais la nausée (...). On travaillait dur. Et j'ai travaillé dur", a-t-il raconté un jour en recevant un prix.
A 16 ans, débordant déjà d'ambition, il part étudier aux Etats-Unis, contre l'avis de ses parents. Il y restera jusqu'en 1980.
Ce long séjour influencera profondément son mode de pensée et d'action de décideur, tranchant avec la recherche permanente de consensus prévalant généralement dans les entreprises japonaises.
C'est aux Etats-Unis, où il est étudiant à Berkeley, qu'il connaît d'ailleurs son premier succès dans les affaires, en vendant pour un million de dollars au groupe électronique Sharp le logiciel de traduction anglais-japonais qu'il a développé.
Dans sa vingtaine, Son a fondé le groupe d'investissement SoftBank et a fait des paris colossaux sur Yahoo ! et le géant chinois du commerce électronique Alibaba dans les années 1990.
Le premier aurait fait de lui, pendant quelques jours, la personne la plus riche du monde, tandis que le second aurait conforté sa réputation d'entrepreneur "touché par Midas".
Il a créé fin 2016 un colossal fonds de capital-risque, SoftBank Vision Fund, avec le soutien notamment du premier fonds souverain d'Arabie saoudite, pour investir près de 100 milliards de dollars dans des start-up technologiques.
- Un premier échec -
De nombreux investissements réalisés dans la Silicon Valley ont échoué, parfois de manière spectaculaire.
C'est le cas notamment de la société de partage de bureaux WeWork, qui a fait faillite, et d'Oyo Rooms, un groupe hôtelier indien.
Au cours de l'exercice 2022/2023, les deux fonds Vision de SoftBank ont enregistré des pertes considérables de 4.300 milliards de yens (32 milliards de dollars à l'époque).
Masayoshi Son a donc décidé de s'orienter vers l'intelligence artificielle.
La clé de la révolution à venir, espère l'homme de 67 ans, sera la société Arm, détenue majoritairement par SoftBank, le concepteur britannique de puces dont la technologie est présente dans 99% des smartphones.
Masayoshi Son souhaite qu'Arm rivalise avec Nvidia, avec qui l'entreprise est actuellement partenaire, et fabrique des puces pour les processus d'IA.
Dès le premier mandat de Trump, il avait promis que SoftBank investirait 50 milliards de dollars aux États-Unis et créerait 50.000 emplois.
Lors d'une apparition aux côtés du président élu en décembre, et face à une demande insistante de ce dernier sur le ton de l'humour, Masayoshi Son a déclaré qu'il allait maintenant "doubler la mise" en investissant 100 milliards de dollars et en créant des emplois pour 100.000 Américains désormais.
Mardi, M. Son est apparu à la Maison Blanche aux côtés de Donald Trump, de Sam Altman (PDG de la start-up d'IA générative OpenAI), et de Larry Ellison, fondateur d'Oracle, pour annoncer le projet Stargate.
- "Age d'or" -
Le patron de SoftBank a précisé que la coentreprise allait "commencer à déployer immédiatement 100 milliards de dollars", avec l'objectif d'atteindre un total de 500 sur quatre ans.
Il en sera le président, avec SoftBank responsable du financement et OpenAI des opérations. Arm, Microsoft, Nvidia, Oracle et OpenAI fourniront la technologie.
"C'est le début d'un âge d'or pour l'Amérique", pour Masayoshi Son.
"Après cela, une superintelligence artificielle viendra résoudre les problèmes que l'humanité n'aurait jamais pensé pouvoir résoudre", a-t-il dit.
Mercredi à Tokyo, l'action de SoftBank Group, le géant nippon des investissements dans la tech, a clôturé sur une envolée de 10,61%.
"Masa a retrouvé son mojo", selon Kirk Boodry, analyste chez Astris Advisory, qui suit SoftBank.
"Inévitablement, il y aura des questions sur la manière dont SoftBank finance cela, mais nous pensons qu'ils seront capables d'attirer des partenaires limités (probablement de l'argent du Moyen-Orient comme ils l'ont fait avec Vision Fund) tandis que les ventes d'actifs sont très probablement à l'ordre du jour", a-t-il ajouté dans une note.
Amir Anvarzadeh, d'Asymmetric Advisors, était moins sûr, affirmant que M. Son et M. Trump "aiment tous deux les chiffres".
"A moins que SoftBank ne vende sa participation dans Arm, qui est de toute façon massivement surévaluée, d'où viendra tout l'argent ?", s'interroge-t-il.
F.Stadler--VB