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Scholz en Chine pour des discussions délicates sur le commerce
Le chancelier allemand entame dimanche une visite compliquée en Chine, largement dédiée au renforcement des liens avec le premier partenaire commercial de l'Allemagne au moment où l'Occident accuse Pékin de concurrence déloyale.
Le voyage d'Olaf Scholz intervient aussi alors que le président chinois Xi Jinping, qui n'a jamais explicitement condamné la guerre d'agression russe contre l'Ukraine, est sous le feu des critiques pour sa proximité affichée avec Moscou et Vladimir Poutine, ainsi que pour ses prétentions de "réunification" avec Taïwan.
Alors que la croissance s’essouffle dans les deux grandes puissances, le dirigeant allemand arrive avec une importante délégation de chefs d'entreprises, traduisant le rôle central joué par les questions économiques dans ce déplacement en Chine, le deuxième depuis sa prise de fonction fin 2021.
La Chine reste un "partenaire économique vraiment important" pour l'Allemagne, a insisté Olaf Scholz vendredi.
Si le chancelier avait dû réduire son séjour à une journée en novembre 2022 en raison de la politique chinoise du zéro covid, il prend le temps cette fois de se rendre dans trois villes.
D'abord à Chongqing, une immense métropole du sud-ouest de la Chine, où Olaf Scholz est arrivé dimanche matin, selon des images de la télévision d'Etat chinoise CCTV.
Puis à Shanghai, à quelque 1.400 kilomètres plus à l'est, essentiellement pour des visites d'usines, avant de rejoindre la capitale Pékin mardi pour un entretien avec le président, puis avec son homologue Li Qiang.
- "Désavantages concurrentiels" -
La visite a lieu alors que l'Union européenne a engagé un bras de fer avec la Chine, qu'elle accuse de fausser le marché européen en l'inondant de produits à bas prix.
Les Américains ont aussi dénoncé la "surcapacité" de production chinoise, surtout dans les technologies, via de fortes subventions publiques.
Olaf Scholz devrait aussi plaider la cause des industriels allemands implantés sur place, dont près des deux-tiers se plaignent de "désavantages concurrentiels" dans l'accès au marché, selon la Chambre de commerce allemande en Chine (AHK).
L'Allemagne a "un rôle important à jouer" alors que la Chine est en manque d'investissements étrangers étant donné la position plus dure adoptée par d'autres pays, comme les Etats-Unis ou le Japon, souligne Max Zenglein de l'institut Mercator d'études sur la Chine (MERICS).
Berlin s'est aligné l'an passé sur la position de l'UE préconisant aux entreprises allemandes de réduire les risques et leur dépendance au pays.
Mais la tâche n'est pas aisée pour la première économie européenne, alors que ce marché reste vital pour ses puissants secteurs automobile ou chimique. Et du coup le déplacement du chancelier apparaît quelque peu en décalage avec le durcissement de stratégie à l'égard de la Chine proclamé en juillet 2023.
Ce voyage a pour objectif "de renforcer le commerce avec la Chine tout en prenant en compte la nécessité de +de-risking+ et de diversification", explique de manière embarrassée une source proche de la chancellerie.
"Il est clair que toutes les grandes questions internationales ne se laissent résoudre qu'avec la Chine", ajoute cette source, en évoquant notamment la transition vers les énergies propres.
C'est dans cette idée aussi que le chancelier emmène avec lui ses trois ministres de l'Environnement, des Transports et de l'Agriculture.
- Ne pas "soutenir" la Russie -
Côté diplomatique, l'Ukraine sera à nouveau au coeur des discussions à un moment où le président Volodymyr Zelensky a averti que son pays risquait de perdre la guerre, faute d'obtenir suffisamment de munitions.
"Ce sera bien sûr une partie importante de mes discussions", a souligné Olaf Scholz dans un entretien au quotidien berlinois TAZ publié vendredi.
"Il s'agit de faire en sorte que la Chine ne soutienne pas la Russie dans sa volonté de mener une guerre brutale contre son voisin ukrainien. La paix en Europe et l'inviolabilité des frontières sont des intérêts européens fondamentaux", a-t-il redit.
Washington a haussé le ton récemment en menaçant l'exécutif chinois de le tenir pour "responsable" si les troupes russes avançaient encore en Ukraine, s'attirant une réplique sèche de Pékin qui a rejeté toute "pression" sur ses liens avec le Kremlin.
C.Bruderer--VB