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Réformes en Argentine: heurts lors d'une manifestation, l'opposition quitte un temps le Parlement
Les députés d'opposition ont momentanément quitté jeudi le Parlement en Argentine, en plein débat sur les réformes dérégulatrices du président ultralibéral Javier Milei, pour protester contre la "répression" selon eux, par la police d'une manifestation à l'extérieur du bâtiment.
En début de soirée jeudi, la police a tiré des balles en caoutchouc pour disperser plusieurs centaines de manifestants et dégager des axes de circulation aux abords du Parlement, a constaté l'AFP. Les forces de sécurité ont aussi utilisé des canons à eau, et du gaz lacrymogène.
Des médias argentins ont fait état de trois blessés et deux interpellations, sans confirmation officielle initiale.
Au lendemain d'une première séance laborieuse de douze heures, les parlementaires argentins examinaient pour le deuxième jour consécutif sur le vaste et polémique train de réformes de M. Milei, qui touche maints aspects de l'économie, des sphères publique et privée.
Le débat se déroule depuis le début sur fond de tension entretenue au dehors par des manifestants mobilisés, face à un imposant dispositif policier, à l'appel de mouvements de gauche radicale, d'un syndicat de la fonction publique et d'un parti de jeunes.
Les députés de partis d'opposition, de gauche surtout, sont sortis en début de soirée à l'extérieur pour observer les faits. "On ne peut pas siéger de cette façon", a lancé le député de gauche Mariano Del Caño.
- "Eviter des morts" -
Revenus dans l'hémicyle, ils n'ont pas obtenu d'ajournement du débat, qui se poursuivait tard dans la soirée. Le député péroniste Maximo Kirchner, fils de l'ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner, a justifé leur sortie pour "prendre 40 minutes et éviter des morts et des tragédies"
Leur collègue Alejandro Finocchiaro, allié du gouvernement, les a accusés de se livrer à des manœuvres de concert avec les manifestants "dans le but de mettre fin à cette session" parlementaire.
"Dehors, il n'y a pas de travailleurs, s'il s'agissait de travailleurs il ne seraient pas restés 48 heures sans rien faire", a lancé M. Finocchiaro.
Tard jeudi, vers 22H30 (01H30 GMT vendredi), des grappes de manifestants, quelques centaines, maintenaient un face-à-face tendu avec des cordons de police qui s'efforçaient juste de les maintenir sur les trottoirs, libérant la circulation, a constaté l'AFP.
Dans l'après-midi, de premières brèves bousculades avaient eu lieu avec la police, selon des journalistes de l'AFP sur place. Un manifestant avait été blessé au visage avant d'être évacué.
La veille, une manifestation de plusieurs milliers de personnes, calme pour l'essentiel de la journée, avait dérapé en soirée. La police déjà avait fait usage de gaz lacrymogène, dispersant quelques dernières dizaines de manifestants.
Six personnes avaient été interpellées, toutes remises en liberté jeudi, dans ce que le parti d'opposition modérée UCR (centre-droit) a qualifié "de dangereuse avancée répressive alimentée par l'exécutif".
Un député du parti au pouvoir a fait état d'un policier légèrement blessé mercredi.
- Loi détricotée -
Démesuré avec 664 articles dans sa version initiale, le train de réformes du président Milei, baptisé "loi omnibus", a été détricoté au fur et à mesure de tractations parlementaires, en commissions, et selon des sources législatives citées par la presse, ne comporterait plus que 224 dispositions.
Plusieurs parlementaires de gauche se sont indignés jeudi du fait que la mouture écrite du texte, apparemment en constante évolution, tardait à circuler dans l'hémicycle.
Deux aspects surtout génèrent des résistances: l'étendue de privatisations, avec 40 entreprises visées, et la délégation de pouvoirs accrus à l'exécutif, pour une période limitée, au nom de "l'urgence économique", en matière tarifaire, énergétique, fiscale notamment.
L'opposition redoute que cela n'autorise à imposer par décret des réformes que le Parlement aurait rejetées.
Un député d'opposition péroniste (gauche), Anibal Cisneros, a aussi exprimé "la peur de donner des pouvoir absolus" à Milei dont "on ne sait pas s'il ne va pas se réveiller en colère demain et déclarer la guerre au Chili, au Pérou ou à la Chine".
Damian Arabia, député de l'opposition de droite libérale allié du parti minoritaire de Milei (3e force au parlement), a exhorté la Chambre à voter les réformes "car ce qui est en jeu est la gouvernabilité".
Après un débat voué à s'étirer tard dans la nuit, les députés devaient procéder, vendredi au mieux, à un premier vote dit "général" sur le principe de la loi, avant une deuxième étape cruciale de débat sur le détail des articles, où plusieurs groupes visent des modifications supplémentaires.
T.Egger--VB