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Allemagne: des centaines de milliers de manifestants rassemblés contre l'extrême droite
Des centaines de milliers de personnes ont encore manifesté dimanche en Allemagne contre le parti d'extrême droite AfD et son idéologie radicale, qui suscite depuis une semaine une mobilisation d'une rare ampleur.
Une centaine de manifestations se sont déroulées depuis vendredi dans tout le pays, rassemblant au total plus de 1,4 million de personnes, selon l'organisation Friday for Future et l'alliance citoyenne Campact, qui comptent parmi les organisateurs du mouvement.
L'afflux a été tel à Munich (sud) que la marche prévue dans les rues de la capitale bavaroise a dû être interrompue. La police a estimé la foule à 100.000 personnes, le plus gros rassemblement organisé à ce stade.
Dans les cortèges, certains brandissaient des pancartes "Les nazis dehors" ou encore "Plus jamais ça, c'est maintenant".
Sur l'esplanade du Reichstag à Berlin, la participation était également massive, estimée à 100.000 personnes selon la police citée par la radio RBB, 350.000 personnes selon les organisateurs.
Quelque 250.000 personnes s'étaient déjà mobilisées samedi à travers le pays dans des dizaines de villes, selon des estimations de la chaîne ARD.
La mobilisation témoigne du choc provoqué par la révélation le 10 janvier par le média d'investigation allemand Correctiv d'une réunion d'extrémistes à Potsdam, près de Berlin, où, en novembre, un projet d'expulsion massive de personnes étrangères ou d'origine étrangère a été discuté.
- Contre un "gouvernement brun" -
Ces révélations ont "fait descendre les gens dans la rue (...) Ceux qui ne faisaient rien avant viennent maintenant", estime Jörg Laurentsch, un Munichois qui manifestait dans sa ville.
"Ceux qui ne savent peut-être pas encore s'ils vont voter pour l'AfD ou non, après ces manifestations, ils ne peuvent plus le faire", confie une autre manifestante, Katrin Delrieux, 53 ans, venue au rassemblement pour ses trois enfants, dit-elle, car elle "ne veut pas qu'ils grandissent avec un gouvernement brun".
A Dresde, capitale du Land de Saxe, un bastion du parti anti-migrants et anti-système Alternative pour l'Allemagne (AfD), la police a parlé d'un "nombre énorme de participants".
A Cologne, les organisateurs ont estimé la foule à 70.000 personnes dimanche, tandis qu'à Brême, la police locale a dénombré 45.000 manifestants dans le centre.
Parmi les participants à la "réunion de la honte", comme l'ont qualifiée certains médias, se trouvaient une figure de la mouvance identitaire radicale, l'Autrichien Martin Sellner, et des membres de l'AfD. Martin Sellner y a présenté un projet pour renvoyer vers l'Afrique du Nord jusqu'à deux millions de personnes - demandeurs d'asile, étrangers et citoyens allemands qui ne seraient pas assimilés -, affirme Correctiv.
Cette révélation a secoué l'Allemagne alors que l'AfD ne cesse de progresser dans les sondages, à quelques mois de trois importantes élections régionales dans l'est du pays.
- Foot et église mobilisés -
Le mouvement anti-immigration a confirmé la présence de ses membres à la réunion, mais nié adhérer au projet de "remigration" porté par Martin Sellner.
Nombre de dirigeants politiques, dont le chancelier social-démocrate Olaf Scholz, qui a participé à une manifestation le week-end dernier, ont souligné que tout plan visant à expulser des personnes d'origine étrangère était une attaque contre la démocratie.
"La République se lève", a commenté l'hebdomadaire Spiegel après les rassemblements de samedi. Les manifestations anti-AfD ont pris un rythme quotidien depuis une semaine.
Des responsables politiques, des représentants religieux et des entraîneurs de la Bundesliga, le championnat de football allemand, ont appelé la population à se mobiliser contre ce parti, actuellement au plus haut dans les intentions de vote.
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a jugé dimanche que les manifestants "nous donnent du courage à tous". "Ils défendent notre république et notre constitution contre leurs ennemis", a-t-il lancé dans un message vidéo.
L'AfD a profité ces derniers mois du sentiment d'insatisfaction de la population résultant d'un nouvel afflux de migrants dans le pays et des querelles permanentes entre les trois partis de la coalition gouvernementale, dans un contexte de récession économique et d'inflation élevée.
La formation d'extrême droite, entrée au Parlement en 2017, s'est solidement installée en deuxième position dans les intentions de votes (autour de 22%) derrière les conservateurs, alors que la coalition gouvernementale d'Olaf Scholz avec les écologistes et les libéraux fait face à une impopularité record.
Dans ses bastions de l'ex-RDA, l'AfD arrive même en tête des enquêtes d'opinion avec plus de 30%.
A six mois des élections européennes, plusieurs pays de l'UE sont confrontés à une poussée de l'extrême droite qui pourrait bouleverser les grands équilibres du Parlement européen.
T.Germann--VB