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Brésil: les Yanomami toujours vulnérables, un an après la mobilisation lancée par Lula
Des enfants reçoivent une assistance respiratoire, d'autres, amaigris, sont alimentés par intraveineuse: la crise humanitaire perdure chez les indigènes Yanomami, un an après l'état d'urgence décrété par le président brésilien Lula face aux invasions d'orpailleurs.
"Des cas dans un état grave continuent d'arriver", indique à l'AFP Francinete Rodrigues, directrice de l'hôpital Santo Antonio, à Boa Vista, capitale de l'Etat amazonien de Roraima (nord).
La semaine dernière, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a reconnu que les pouvoirs publics doivent faire "plus d'effort" pour protéger la réserve des Yanomami, un territoire aussi vaste que le Portugal et peuplé de quelque 30.000 indigènes.
"Nous ne pouvons pas perdre une guerre contre l'extraction minière et l'exploitation forestière illégales", a-t-il lancé.
Les indigènes accusent les orpailleurs de violer et tuer des membres de leur communauté, et de les priver d'un de leurs principaux moyens de subsistance, la pêche, en polluant les fleuves au mercure, utilisé pour l'extraction.
Entre janvier et novembre l'an dernier, 308 Yanomami sont morts - pour moitié, des mineurs de moins de cinq ans - souvent pour cause de maladies, selon les services de santé. Un chiffre proche des 343 morts de 2022.
Les cas de paludisme ont bondi de 61% en 2023 et la grippe de 640%, par comparaison avec 2022, d'après les données officielles.
- Enquête pour "génocide" -
A son retour au pouvoir début 2023, l'une des premières décisions de Lula avait pourtant été de décider l'état d'urgence sanitaire sur le territoire yanomami, avec envoi de l'armée sur place, appui médical et distribution de nourriture.
Les autorités avaient aussi ouvert une enquête pour "génocide", visant la gestion du dossier sous le président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), partisan déclaré de l'exploitation de l'Amazonie.
A l'hôpital Santo Antonio, situé hors de la réserve, Francinete Rodrigues juge que la situation n'est pas aussi dramatique qu'elle l'a été par le passé, quand arrivaient des enfants avec "un niveau élevé de malnutrition".
Mais pour Fiona Watson, une responsable de l'ONG Survival International, la situation est "absolument catastrophique".
"Les orpailleurs reviennent massivement dans la zone et les anciens sites d'extraction sont ré-exploités", a-t-elle rapporté dans un communiqué.
"Les forces armées mobilisées dans l'opération d'expulsion semblent traîner les pieds. Par ailleurs, de nombreux postes de santé et services cruciaux pour les populations sont à l'arrêt", a-t-elle dénoncé.
Elle sonne l'alarme: "Si cette situation perdure, des centaines d'autres Yanomami mourront et leurs terres deviendront inhabitables".
- "C'est urgent" -
Parmi les quelque 20.000 orpailleurs estimés à l'époque, des milliers avaient d'abord fui la zone face au déploiement de forces de sécurité. Ces dernières ont mené 400 opérations sur le territoire en 2023, saisissant pour 600 millions de reais (quelque 110 millions d'euros) aux groupes criminels impliqués dans les mines, selon les autorités.
Mais, face à la recrudescence d'orpailleurs ces derniers mois, le gouvernement a annoncé qu'il allait mobiliser en 2024 près de 250 millions de dollars (230 millions d'euros) pour assurer une présence permanente des forces sécuritaires et des services de l'Etat sur place.
Cette remobilisation doit commencer dès janvier, "c'est urgent", presse le chef indigène Davi Kopenawa.
Pour ce dirigeant de l'association Hutukara Yanomami (HAY), "le gouvernement du président Lula n'était pas préparé, il a manqué d'organisation face à la crise sanitaire".
Selon sa structure, quelque 330 hectares ont été dévastés par l'orpaillage l'an passé dans la réserve. Le leader autochtone estime que la moitié des mineurs illégaux sont restés sur place, se dispersant et exploitant d'autres sites: "Les orpailleurs sont très habiles".
La gravité de la situation a aussi valu de vives critiques au ministère des Peuples indigènes, créé par Lula et confié à l'activiste autochtone Sonia Guajajara.
"Des fêtes, des voyages internationaux et des discours à tout-va, mais rien de ce qui est vraiment nécessaire", a pilonné l'écrivain et militant Daniel Munduruku sur X (anciennement Twitter).
La ministre a reconnu que les mesures adoptées l'an dernier étaient "insuffisantes". Mais, a-t-elle prévenu, "les invasions durent depuis des décennies, cela peut prendre des décennies pour rétablir" l'ordre en terre yanomami.
R.Flueckiger--VB