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En mer de Chine, la course-poursuite inégale entre pêcheurs philippins et gardes-côtes chinois
A bord d'un petit bateau en bois, Arnel Satam fonce vers le récif de Scarborough, en mer de Chine méridionale. Le pêcheur philippin tente, en vain, de distancer les gardes-côtes chinois, espérant entrer dans cette zone où le poisson est plus abondant.
Le récif de Scarborough se situe dans une zone disputée, revendiquée à la fois par Pékin et Manille.
Les pêcheurs dénoncent la présence chinoise sur ce site qui les prive, expliquent-ils, d'une source importante de revenus et d'un refuge où s'abriter en cas de tempête.
"Je veux pêcher ici", insiste Arnel Satam, 54 ans, pieds nus sur sa pirogue à balancier bleue décorée d'un "S", l'emblème de Superman, à des journalistes venus sur zone dans un bateau ravitailleur philippin.
"Ils m'ont déjà pourchassé plus tôt dans la journée", dit-il, en expliquant que les vedettes rapides chinoises ont percuté son embarcation. "Je me suis juste moqué d'eux".
Le récif de Scarborough se trouve à 240 km à l'ouest de l'île principale des Philippines, Luzon, et à près de 900 km de Hainan, en Chine continentale.
En vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer signée en 1982, que la Chine a contribué à élaborer, les pays ont le droit souverain d'exploiter les ressources naturelles situées dans un rayon d'environ 200 milles (370 km) de leurs côtes.
La Chine, qui revendique la souveraineté sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, a pris le contrôle du récif de Scarborough aux dépens des Philippines en 2012.
- Barrière flottante -
Elle a déployé depuis des gardes-côtes et d'autres navires pour bloquer l'accès aux zones de pêche exploitées par les Philippins depuis des générations.
Manille dénonce aussi le déploiement récent d'une barrière flottante de 300 mètres de long, à l'entrée de l'atoll.
La barrière "empêche les bateaux de pêche philippins d'entrer dans le récif" pour exploiter la zone, ont souligné les gardes-côtes et le bureau des pêches philippins dans un communiqué commun.
Les pêcheurs philippins sillonnent parfois la zone pendant des semaines pour capturer du thon, du mérou et du vivaneau rouge avec des filets, des lignes ou des harpons.
Un bateau du Bureau philippin de la pêche et des ressources aquatiques, le BRP Datu Bankaw, vient leur livrer de la nourriture, de l'eau et du carburant, pour leur permettre de rester plus longtemps en mer.
Une cinquantaine de petits bateaux de pêche à balancier se trouvaient dans les eaux profondes à l'extérieur du récif lorsque le bateau a jeté l'ancre mercredi, après 18 heures de traversée pour rallier les 300 km séparant la baie de Manille du récif.
Ce vendredi, quatre bateaux des gardes-côtes chinois patrouillent, tentant d'éloigner les pêcheurs du BRP Datu Bankaw et du récif.
Soudain, la voix d'un des gardes-côtes se fait entendre sur les ondes radio, ordonnant à 15 reprises au BRP Datu Bankaw de quitter "immédiatement" le "territoire chinois".
Ignorant ces avertissements, les 12 membres d'équipage distribuent aux bateaux de pêche 60 tonnes de carburant dans des jerrycans et des colis de nourriture.
- "Ca nous appartient" -
Ces livraisons sont gratuites pour les pêcheurs, mais certains donnent en retour des caisses de poissons fraîchement pêchés. Certains montent à bord pour manger et boire de l'eau fraîche.
"Nous sommes très reconnaissants de cette aide", confie l'un d'eux, Johnny Arpon, 53 ans.
Les pêcheurs expliquent aux journalistes à bord du BRP Datu Bankaw avoir déjà été percutés par des navires chinois ou ciblés par leurs canons à eau. Certains ont eu leur ancre sectionnée.
"Ils devraient quitter cet endroit", parce que le récif "nous appartient", proteste Nonoy de los Reyes, 40 ans.
Après des décennies de surpêche par les pays riverains, les pêcheurs doivent rester plus longtemps en mer pour capturer suffisamment de poisson et espérer dégager un petit profit.
Mais le blocage du récif par la Chine rend la situation encore plus difficile. "Nous n'avons pratiquement aucune prise, donc nous devrons probablement rester ici encore deux semaines", explique Alex del Campo, 41 ans, qui a déjà passé plus d'une semaine en mer.
La veille, ce pêcheur et deux autres ont tenté de pénétrer dans le récif à bord de leurs petites embarcations, mais ils ont été chassés par les garde-côtes chinois.
"Nous sommes impuissants car ils sont armés et nous n'avons qu'un seul pêcheur dans chacun de nos trois bateaux", souligne Alex del Campo. "S'ils percutent et coulent nos bateaux, qui va nous sauver?"
C.Koch--VB