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Sur les étals parisiens, les fruits défendus de l'inflation
Des brugnons écarlates, des montagnes de cerises luisantes et des caissettes de fraises gariguettes qui embaument: au marché parisien de Belleville, pourtant le moins cher de la capitale, les clients salivent devant l'abondance des étals estivaux mais passent leur chemin.
"Les cerises, je ne les approche même pas", tacle Danielle Rose, retraitée. "Honnêtement, je fais en fonction de mes moyens et ça veut bien dire que je dois me priver", reconnait l'octogénaire pressée et dépitée, qui repart avec quelques tristes pommes jaunes et deux melons en promotion.
Pour protéger leur budget fortement impacté par l'inflation, les clients qui slaloment entre les étals privilégient les fruits et légumes de la saison d'été. Leurs prix n'ont pas flambé depuis un an et ont même parfois légèrement baissé, mais ils restent un produit "plaisir" pour les plus modestes.
Campé derrière ses poivrons à 4 euros le kilo, Alexandre D'Arpa rend quelques piécettes à une cliente. "C'est un... million d'euros, Madame, mais je rends la monnaie".
Le jeune homme est devenu un distributeur vivant de blagues et de réparties sur la flambée des prix.
"Il faut bien faire passer la pilule", justifie le commerçant qui se donne pour mission, après avoir licencié ses quatre vendeurs, de "tenir le temps que l'inflation passe".
- "Aucune marge" -
"Mais ça dure trop longtemps. Les prix montent et la qualité baisse. Les paniers sont de plus en plus petits, on vend moins, on fait moins de marge", résume le commerçant, par ailleurs administrateur du syndicat des vendeurs des marchés parisiens.
Situation inédite depuis les années 1980, la hausse des prix à la consommation, continue depuis des mois, a encore atteint pour les produits alimentaires 14,1% en France en mai dernier.
Le gouvernement tente avec difficulté de mettre la pression sur les industriels de l'agroalimentaire qui rechignent à renégocier avec les supermarchés les contrats conclus pour 2023, afin de faire baisser rapidement les prix dans les rayons.
Pour les marchés français, dont celui de Belleville, oasis historique de bonnes affaires, ces prix se négocient entre détaillants et grossistes du marché de Rungis (Val-de-Marne), d'où viennent la quasi-totalité des produits vendus sur ses quelque 200 étals.
"Aujourd'hui j'achète la patate 1,50 euro hors taxe le kilo et je la revends deux euros: il n'y a aucune marge", cingle M. D'Arpa à propos de son produit phare.
Sur certains autres produits, il est ainsi forcé de se rattraper. Une cliente se poste devant le tas d'ail de provenance d'Egypte et découvre son prix à l'ardoise: 9 euros le kilo. "Les bras m'en tombent", lâche-t-elle avant de s'enfuir.
Le commerçant, qui vendait encore le condiment trois euros le kilo la semaine précédente, s'en sort d'une énième pirouette: "Il n'est pas venu à la nage l'ail, on lui a payé le billet d'avion, Madame".
F.Müller--BTB