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Tour de France: capitaine de route, l'expérience au service des autres
Garder son sang-froid quand tout s'emballe, lire la course tout en étant acteur, chaperonner son leader, épauler ses plus jeunes équipiers... Les rôles des capitaines de route sont nombreux au Tour de France mais viennent toutes du même terreau: l'expérience.
"Un capitaine de route, il doit avoir une vision périphérique, un peu comme quand tu regardes la course à la télé": le Belge Tiesj Benoot sait de quoi il parle après 11 ans chez les professionnels, alors qu'il prend part à son 10e Tour, loin du confort de son canapé.
Coursier talentueux et robuste, doté d'une capacité d'analyse de la course remarquable et d'un savoir-faire né des milliers de kilomètres faits dans un peloton, le taulier de la formation Décathlon CMA CGM, qu'il a ralliée cet hiver, répond à tous les prérequis d'un bon capitaine de route.
Comme tout ceux qui remplissent ce rôle indispensable au bon fonctionnement d'une équipe, il est là pour chapeauter ses coéquipiers et surtout son leader, tel un soldat tapi dans l'ombre missionné pour des tâches aussi ingrates que cruciales.
- "Altruisme" -
"Il est super important, il a énormément d'expérience, sait comment courir dans une équipe avec un leader comme Paul (Seixas) puisqu'il a couru avec Jonas (Vingegaard) auparavant, c'est très précieux de l'avoir", souligne l'Américain Matthew Riccitello, également chez Décathlon CMA CGM.
Comme le Belge, l'Australien Luke Durbridge, parti à 35 ans pour son 12e Tour avec Jayco-AlUla, fait parler "son expérience, ses connaissances et son altruisme", selon son directeur sportif Mathew Hayman.
"Quand vous avez fait autant, vous êtes capable de rester calme dans des situations chaotiques comme celles du Tour", poursuit-il.
"Il faut aussi savoir prendre des décisions très rapidement parce que les directeurs sportifs dans la voiture n'ont parfois pas les images ou alors avec du retard", expliquait encore Benoot à l'AFP cet hiver.
Les interventions des capitaines de route peuvent se faire "par des prises de parole en course, avant et après auprès des plus jeunes, pour partager notre expérience, comment nous on voit les choses, c'est assez naturel", indique Clément Russo, qui partage le rôle avec Quentin Pacher chez Groupama-FDJ.
Et quand ils ne dispensent pas leurs conseils, ce sont les efforts que ces briscards distribuent sans compter.
On les voit parfois chargés de bidons et sacs de glace par fortes chaleurs, arpenter le peloton pour ravitailler leurs équipiers.
A l'instar de Benoot jeudi vers Gavarnie: "Lorsqu'il restait environ 30 coureurs au sommet d'Aspin, et dans les 11, 12 km jusqu'au pied du Tourmalet, je suis descendu trois fois à la voiture pour des bidons".
Un dernier coup de collier salvateur pour Paul Seixas, nanti de bidons bienvenus lorsque le rythme s'est emballé dans le géant pyrénéen.
- "Pas que le vélo" -
Leur savoir-faire peut également se manifester par des attitudes en course que seule l'expérience peut permettre.
"Je suis là vraiment pour être dans un rôle à 100% d'équipier et de gérer un peu, d'être là où on m'attend, c'est-à-dire prendre du vent (...), sur les étapes de sprint, être le plus possible autour du +train+, leur éviter certains efforts, et les replacer dans le final", décrit le coureur de Cofidis Benjamin Thomas, 30 ans.
"Auprès des jeunes, comme Milan (Fretin), quand ils ont besoin de gérer la pression en dehors du vélo, on parle pas mal (...), c'est aussi une aventure humaine et il n'y a pas que le vélo", ajoute le champion olympique sur piste en 2024.
Auréolés d'un statut à part en interne, les capitaines de route y trouvent aussi leur compte à titre personnel, mais le plus souvent à travers les autres.
"Je suis content de le faire. Avec Jonas (Vingegaard), l'objectif était clair et net: aller dans l'échappée pour moi, je n'y pensais même pas, j'étais très fier de mon rôle", assène Benoot, qui a remporté deux Tours de France avec le Danois (2022 et 2023).
"Je pense que ça me rend aussi un peu meilleur dans mes performances (...), ça me donne aussi un rôle, un objectif, et c'est comme ça qu'on fait une bonne journée", estime Benjamin Thomas.
S.Leonhard--VB