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Le rachat finalisé, UBS peut commencer pour de bon l'intégration de Credit Suisse
UBS va pouvoir lancer pour de bon l'intégration de Credit Suisse après la finalisation du rachat de son concurrent lundi. Une tâche herculéenne qui sera observée à la loupe par les clients, les employés et les responsables politiques et économiques suisses.
"Nous avons finalisé la reprise juridique de Credit Suisse, a indiqué la première banque de Suisse dans une lettre ouverte publiée dans plusieurs journaux. Elle évoque "le début d'un nouveau chapitre historique" pour la nouvelle entité.
Le rachat donne naissance à une mégabanque comme la Suisse n'en a jamais connue. Une taille qui inquiète les responsables politiques. Des milliers d'emplois pourraient disparaître rien qu'en Suisse à cause de doublons.
Vendredi, le patron d'UBS, Sergio Ermotti, avait prévenu que les mois à venir risquaient d'être "cahoteux" car l'intégration va entraîner "des vagues" de décisions difficiles, en particulier concernant l'emploi.
Pour éviter une faillite de la deuxième plus grande banque de Suisse, UBS avait accepté le 19 mars de racheter Credit Suisse sous la pression des autorités pour 3 milliards de francs suisses (une somme équivalente en euros). La deuxième banque du pays n'avait pas résisté à la perte de confiance la concernant après plusieurs énormes scandales et une gestion du risque déficiente.
la formalisation de cette union ouvre un grand chantier pour UBS qui, dans la lettre ouverte, met en avant sa forte culture d'entreprise et une approche "conservatrice" du risque tout en précisant qu'elle ne fera "aucun compromis".
"UBS peut commencer à être proactive", a expliqué à l'AFP Andreas Venditti, analyste financier chez Vontobel, la semaine passée.
UBS a multiplié les préparatifs depuis mi-mars et doit déjà avoir une idée des activités qu'elle veut conserver, fermer ou vendre mais "était limitée dans ce qu'elle pouvait faire" tant que la fusion n'était pas scellée, selon l'analyste.
Cette fusion des deux plus grandes banques de Suisse promet d'être extrêmement complexe techniquement (Credit Suisse malgré ses déboires est une banque extrêmement sophistiquée) mais aussi sur le terrain politique.
- Pas le choix -
Mais pour Thomas Jordan, le patron de la banque centrale, la Banque nationale suisse (BNS), il n'y avait pas d'autre solution. "Il est bien sûr dommage qu'il n'en reste plus qu'une (grande banque). Mais je suis sûr que si le rachat par UBS n'avait pas réussi, il y aurait eu une crise financière internationale. Cela aurait été bien pire pour la Suisse", a-t-il expliqué dans un entretien à l'hebdomadaire Sonntagszeitung paru dimanche.
UBS avait obtenu d'importantes garanties de la Confédération dans ce rachat afin de se prémunir contre d'éventuelles mauvaises surprises dans les comptes.
Les modalités du rachat et la taille du mastodonte suscitent de vives inquiétudes en Suisse au point que le Parlement a mis en place une commission d'enquête, un fait rarissime.
- 120.000 collaborateurs -
Les investisseurs eux aimeraient en savoir davantage sur notamment le processus d'intégration et les unités qui vont être absorbées.
Selon M. Venditti, les réponses ne devraient toutefois commencer à filtrer qu'à partir de fin août, lors de la publication des résultats du deuxième trimestre.
Il espère que les dirigeants d'UBS en diront plus sur le sort de la branche suisse de Credit Suisse, le fleuron de la banque qui a échappé aux scandales. Le dossier est épineux compte tenu des doublons en termes de succursales et d'emplois.
Les deux géants comptent actuellement environ 120.000 collaborateurs dans le monde, dont 37.000 en Suisse.
- Protéger la concurrence -
Parmi les grands défis qui attendent UBS, Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote Bank, évoque notamment "la rétention des talents" car les départs se multiplient devant les craintes de compression d’effectifs.
Elle cite aussi la création "d'une nouvelle culture au sein de la banque", celle de Credit Suisse ayant été totalement discréditée par les nombreux scandales qui ont terni sa réputation.
Les régulateurs vont également devoir veiller "à protéger la concurrence, ce qui pourrait nécessiter d'éventuelles scissions" d'activités, a indiqué à l'AFP Mme Ozkardeskaya.
Le Parti socialiste suisse exige une "cure d'amaigrissement", craignant que la fusion ne crée "un monstre" trop gros pour être sauvé. En cas de crise, tout le pays se trouverait pris "en otage", redoute la formation de gauche.
Pour faciliter le rachat, quelque 259 milliards de francs de liquidités publiques ont été débloquées.
Pour se donner un peu de temps, UBS a repoussé de plus d'un mois la publication de ses résultats trimestriels, au 31 août.
S.Keller--BTB