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Les danseurs de retour sur une place de San Salvador reconquise aux bandes criminelles
A San Salvador, les danseurs investissent la place de la Liberté en fin d'après-midi, lorsque la chaleur commence à s'estomper: les bandes criminelles qui contrôlaient les lieux ont cédé la place à des pas cumbas et des boléros.
"Ici, l'ambiance est bonne. Moi, je fais danser même les boiteux", plaisante Sonia Isabel Aguilar, qui fait valser à 75 ans sa jupette au tissu imprimé de fleurs.
Après 14 mois de "guerre" contre les "maras", ces bandes criminelles qui ont fait régner la terreur dans le pays, les Salvadoriens retrouvent avec enthousiasme le plaisir de baguenauder dans la rue.
Les badauds encouragent avec des piécettes les musiciens du groupe Cuscatlan qui distillent les airs populaires ravissant Yajaira. "J'ai la musique dans le sang", dit la septuagénaire pour qui la danse fait "oublier les peines": il y a onze ans son fils Carlos Antonio Cornejo âgé de 31 ans a été tué, sans doute par des "mareros", laissant derrière lui une petite orpheline, âgée aujourd'hui de 15 ans.
Depuis que le Parlement, contrôlé par les partisans du président Nayib Bukele, a approuvé l'état d'exception en mars 2022, près de 69.000 membres présumés des "maras" ont été arrêtés, sans mandat, et jetés en prison.
Après la guerre civile qui a ravagé le Salvador de 1980 à 1992, les "maras" ont mis la main sur le pays. Les autorités estiment qu'ils ont commis 12.000 meurtres, soit environ 45.000 de plus que durant le conflit armé.
- "Le centre renaît" -
Rien d'étonnant si, en dépit des critiques d'ONG de défense des droits humains et de l'Eglise catholique sur le caractère expéditif de la méthode employée, 9 Salvadoriens sur 10 approuvent la "guerre" sans merci contre le crime déclarée par le président Bukele.
Les Salvadoriens s'étaient accoutumés à vivre barricadés chez eux à la tombée de la nuit: il y a encore peu, on risquait sa vie en s'aventurant à passer d'un territoire contrôlé par une bande à celui d'une autre.
C'était le cas de la place de la Liberté de San Salvador. Enserrée par les galeries de majestueux bâtiments, le contrôle de cette place du centre historique de la capitale était disputé par la Mara Salvatrucha et Barrio 18: les deux plus redoutées bandes criminelles du pays y faisaient régner la terreur en rackettant les commerçants... et bien sûr, il n'était pas question d'y danser.
Maintenant, ils sont une centaine à s'y déhancher au rythme des flonflons distillés par l'orchestre Cuscatlan tandis que Salvadoriens et touristes investissent les bars qui environnent la place et ses alentours.
"Le centre historique renaît. C'est maintenant l'un des lieux les plus sûrs du pays", se félicite le maire de la capitale salvadorienne Mario Duran. Avant, "c'était l'endroit le plus dangereux. C'était (une zone) rouge de rouge", a-t-il confié récemment à une télévision locale.
Tandis que l'Etat menait la guerre contre les "maras", les autorités municipales ont aussi chassé quelque 3.500 commerçants ambulants qui encombraient les trottoirs du centre-ville.
"Il y a plus de sécurité. On peut maintenant venir s'asseoir dans les jardins publics", confirme Teresa Belloso, 66 ans, qui attend un cavalier pour se lancer à son tour dans la danse.
C.Kovalenko--BTB