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Catastrophe ferroviaire en Grèce: la colère dégénère en violences, audition du chef de gare
Des heurts violents ont opposé dimanche policiers et manifestants à Athènes en marge d'une manifestation après la catastrophe ferroviaire qui a suscité une vague d'indignation dans tout le pays malgré le mea culpa du Premier ministre.
A Larissa, la ville la plus proche des lieux de cet accident, le chef de gare mis en cause pour avoir commis une erreur fatale, était entendu dimanche par la justice en vue de son éventuelle inculpation pour "homicide involontaire par négligence".
L'homme de 59 ans, dont l'identité, Vassilis Samaras, a été révélée par le ministère des Transports, a reconnu sa responsabilité dans la collision frontale entre deux trains qui a fait 57 morts.
Au moment de son audition devant un juge d'instruction, quelque 12.000 personnes criaient leur colère sur la place Syntagma, la grande esplanade devant le Parlement de la capitale grecque, brandissant des pancartes et des banderoles : "A bas les gouvernements assassins!", "ce n'était pas une erreur humaine!".
- Ballons noirs -
Les manifestants ont lâché des centaines de ballons noirs pour rendre hommage aux 57 morts de la collision d'un train reliant Athènes à Thessalonique, dans le nord, et d'un convoi de marchandises.
Ce drame a suscité une immense colère face aux négligences et lacunes dans les chemins de fer. Et le rassemblement athénien, le quatrième depuis l'accident, a dégénéré en violents incidents.
"Nous ressentons une rage immense!", a résumé dans le cortège Michalis Hasiotis, président du syndicat des experts comptables. "L'appât du gain, le manque de mesures prises pour la protection des passagers a conduit à la pire tragédie ferroviaire dans notre pays".
"Rien ne va dans ce pays, les hôpitaux sont à l’agonie, les écoles ferment, les forêts brûlent… Ils se moquent de qui ?", a renchéri Nikos Tsikalakis président d’un syndicat des chemins de fer.
La plupart des victimes étaient des jeunes et des étudiants rentrant à Thessalonique, la grande ville universitaire, après un weekend prolongé.
A la télévision, des images déchirantes de parents en pleurs, attendant désespérément devant un hôpital des informations sur le sort de leurs enfants, ont aussi contribué à jeter l'opprobre sur les autorités et leur gestion jugée calamiteuse de cette catastrophe.
Dimanche matin, avant une cérémonie religieuse à la cathédrale orthodoxe d'Athènes, le Premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotakis a demandé pardon aux familles des victimes dans une rare adresse solennelle.
"En tant que Premier ministre, je dois à tous, mais surtout aux proches des victimes, (de demander) pardon", a-t-il écrit. "Dans la Grèce de 2023, il n'est pas possible que deux trains circulent en sens inverse sur une même ligne et que personne ne le remarque".
"Nous ne pouvons pas, ne voulons pas et ne devons pas nous cacher derrière l'erreur humaine" imputée au chef de gare, a-t-il insisté.
Le manque d'expérience du chef de gare est en effet dénoncé depuis le lendemain du drame. Selon les médias grecs, il n'avait reçu qu'une courte formation avant de se retrouver seul, au poste de chef de gare, alors que le trafic sur cette ligne était intense en raison d'un week-end prolongé.
Selon une source judiciaire, l'enquête vise aussi "à engager des poursuites pénales, si nécessaires, contre des membres de la direction de l'entreprise" Hellenic Train, les chemins de fer grecs.
C'est le troisième accident ferroviaire le plus meurtrier en Europe ces vingt-cinq dernières années, après le déraillement d'un train en Allemagne en 1991 qui a fait 101 morts, et l'accident ferroviaire de 2013 en Espagne dans lequel 80 personnes ont été tuées.
- "Assassins" -
Les inhumations de victimes se sont par ailleurs poursuivies ce dimanche dans une immense émotion.
A la petite gare de Rapsani, proche des lieux de l'accident dans le centre du pays, des parents d'élèves ont posé des oeillets rouges et blancs et allumé des bougies sur les rails.
La colère est avant tout dirigée contre Hellenic Train. Le mot "Assassins" a été peint en lettres rouges sur la vitre du siège à Athènes vendredi.
L'entreprise est mise en cause pour de nombreuses négligences et lacunes ayant entraîné cette catastrophe qualifiée de "tragédie nationale" par les autorités.
Elle s'est défendue samedi soir, assurant avoir "été présente dès les premiers instants sur les lieux" et mis en place "un centre d'appel (...) pour fournir des informations".
Hellenic Train a été achetée en 2017 par le groupe public italien Ferrovie Dello Stato Italiane (FS) dans le cadre du programme de privatisations exigé par les créanciers de la Grèce pendant la crise économique (2009-2018).
Les représentants syndicaux des chemins de fer avaient tiré la sonnette d'alarme il y a trois semaines, avertissant: "Nous n'allons pas attendre l'accident qui arrivera pour voir les responsables verser des larmes de crocodile".
J.Bergmann--BTB