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En Colombie, la désinformation liée au conflit armé brouille la campagne électorale
Liens avec les guérillas, les paramilitaires ou les cartels de drogue: en Colombie, la désinformation visant les candidats à la présidentielle trouve un terreau fertile dans un conflit armé ancien mais en pleine résurgence.
Les électeurs colombiens sont appelés à désigner dimanche le prochain chef de l'Etat, quatre ans après l'arrivée au pouvoir du premier dirigeant de gauche, Gustavo Petro.
Une élection qui a lieu dans un contexte particulier: le pays sud-américain connaît sa pire flambée de violence depuis la signature de l'accord de paix avec les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) en 2016. Attentats à la bombe, enlèvements et extorsions se multiplient.
Les favoris du scrutin s'affrontent sur la direction à prendre pour venir à bout du conflit armé interne vieux de six décennies: continuer à négocier la paix avec les groupes armés, stratégie amorcée par Petro, ou utiliser la force pour venir à bout de ces organisations illégales.
Alors que le candidat de gauche Ivan Cepeda propose d'insister sur un désarmement négocié, ses opposants Abelardo de la Espriella et Paloma Valencia promettent militarisation et méga-prisons.
Sur les réseaux sociaux, les positions des candidats sont toutefois déformées et le débat démocratique brouillé par des contenus trompeurs cherchant à associer les candidats à des activités illégales, dans un pays qui est le premier producteur mondial de cocaïne.
- Comptes coordonnés -
Fils d'un sénateur communiste assassiné, Ivan Cepeda apparaît fréquemment dans de fausses publications tentant de le présenter comme un défenseur des guérillas.
Dans une vidéo modifiée par intelligence artificielle, il affirme par exemple vouloir intégrer des guérilleros à l'armée, qui aujourd'hui les combat. Dans un autre montage, le défenseur des droits humains reçoit des instructions d'Ivan Mordisco, le guérillero le plus recherché du pays.
Abelardo De la Espriella, candidat de droite dure et anti-establishment qui, en tant qu'avocat, a défendu des narcotrafiquants et paramilitaires, est censé apparaître sur une photo diffusée sur les réseaux aux côtés d'un mafieux. Mais l'homme sur l'image n'est pas le candidat.
Quant à Paloma Valencia, proche du puissant ex-président de droite Alvaro Uribe (2002-2010), une vidéo tronquée a circulé dans laquelle elle déclare soi-disant vouloir gouverner avec les paramilitaires d'extrême droite.
Il est difficile de savoir "qui est en coulisses" de ce type de désinformation, relève Frey Muñoz, directeur adjoint la Mission d'observation électorale (MOE).
Mais en plus des internautes qui partagent spontanément ces faux contenus, il existe "des comptes coordonnés, avec des intérêts clairs, qui mettent de l'argent sur une plateforme" pour augmenter leur portée, ajoute-t-il.
Une vidéo de Mme Valencia dans laquelle elle est accusée de "faire l'éloge" du paramilitarisme des années 90 -responsable de meurtres- a par exemple fait l'objet de publicités ciblées sur Facebook afin d'atteindre plus de 30.000 vues.
Selon la MOE, la désinformation figure parmi les principaux risques électoraux. Elle peut approfondir la "radicalisation politique" et "amener l'électeur à voter davantage avec ses émotions qu'avec sa raison", indique M. Muñoz.
A.Zbinden--VB