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"Résistance! ": à Saint-Denis, des milliers de personnes rassemblées contre le racisme derrière Bally Bagayoko
"Nous sommes la France! ": des milliers de personnes se sont rassemblées samedi à Saint-Denis contre le racisme à l'appel du nouveau maire Insoumis Bally Bagayoko, qui cristallise depuis son élection un débat devenu national sur la discrimination raciale.
"Résistance! Résistance! ", a fait scander à plusieurs reprises l'édile à la foule réunie sur le parvis plein à craquer de la mairie aux côtés de plusieurs syndicats et associations et de nombreuses personnalités politiques de gauche, dont les Insoumis Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot, Sophia Chikirou, Sébastien Delogu et le nouveau maire de Roubaix David Guiraud, ainsi qu'une délégation socialiste.
Victime d'une campagne de haine depuis son élection dès le premier tour le 15 mars, le maire a dénoncé "l'irresponsabilité d'un ensemble de médias racistes qui font prospérer le racisme" et appelé à un nouveau rassemblement le 3 mai.
Les 27 et 28 mars, sur Cnews, une chaîne du groupe Bolloré, des liens ont été faits entre M. Bagayoko et "la famille des grands singes" et une attitude de "mâle dominant" lui a notamment été reprochée.
- "Un cauchemar" -
"Le racisme, c'est un délit et on en fait une opinion", déplore Karim, fonctionnaire de 52 ans, qui vit à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), rappelant "le passé colonial" de la France.
Le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon a dénoncé "une vague de racisme écœurant venant des élites politico-médiatiques qui, sans réserve, sans frein, ont étalé leur mépris à l'égard d'une partie de notre peuple".
Kantéba Camara-Sissoko, 55 ans, auxiliaire de puériculture, est venue crier sa "révolte". "Je me suis dit +je suis en train de rêver, c'est un cauchemar+", confie cette nouvelle élue PCF à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), "réconfortée" par ce rassemblement.
Tout comme Sara, élève avocate de 26 ans née à Saint-Denis, venue "soutenir Bally" face aux "attaques inadmissibles" qu'il a subies. "Il y a des gens PS qui sont ici mais ils ont lancé la première pierre", a-t-elle taclé, en référence au maire sortant Mathieu Hanotin qui avait affirmé pendant la campagne que les narcotrafiquants appelaient à voter Bally Bagayoko.
Le maire de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) Aly Diouara a lui aussi estimé que le parti devait "se ressaisir ou dégager".
Sur X, le député socialiste Jérôme Guedj a apporté son "plein soutien" au rassemblement.
"On veut plein de maires noirs contre la peste brune", pouvait-on lire sur une des pancartes des manifestants, sous les slogans "la jeunesse emmerde le Front national !" ou encore "Siamo tutti antifascisti !" ("nous sommes tous des antifascistes", en italien).
"M. Nunez, M. Amiel, Mme Berger, M. Lecornu, vous n'auriez jamais traité ainsi un maire d'une ville aussi importante s'il ne s'appelait pas Bally Bagayoko et qu'il n'était pas Insoumis", a lancé le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel, accusant le gouvernement d'avoir pointé du doigt les nouveaux élus Insoumis de région parisienne, en particulier noirs.
"Ce qui m'inquiète, c'est l'attitude de l'Etat français, à géométrie variable" selon les formes de racisme, juge Karim, qui "aurait bien voulu voir Aurore Bergé", ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, être présente à la manifestation.
"S'il y a bien une ministre qui aurait dû être là, c'est bien elle", avait regretté dans la matinée sur franceinfo le maire dionysien, tout en la remerciant de lui avoir témoigné sa solidarité par téléphone.
- "Silence" de Macron -
Reprenant les justifications de Mme Bergé, le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, a répondu au maire de Saint-Denis: "La place d'un ministre, ce n'est pas d'être dans une manifestation citoyenne". Avant d'ajouter toutefois: "Le combat est complètement partagé par le gouvernement et par l'Etat".
Le maire Insoumis dénonce pour sa part depuis plusieurs jours le "silence" d'Emmanuel Macron sur le sujet.
Il avait lancé l'appel à ce rassemblement le 29 mars sur son compte Instagram, après plusieurs propos polémiques le visant tenus sur CNews.
La chaîne a dit contester "formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus" sur son antenne, estimant que des propos avaient été "délibérément déformés sur les réseaux sociaux, alimentant une polémique infondée".
Jeudi, le parquet de Paris a indiqué avoir ouvert une enquête pour "injure publique en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion", au lendemain du dépôt de plainte de l'élu qui a également appelé lors d'un entretien à l'AFP à fermer la chaîne. Le préfet s'est constitué partie civile comme l'avait demandé le Premier ministre Sébastien Lecornu.
F.Stadler--VB