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Contre une désinformation en santé "massive", le gouvernement dévoile de premiers outils de riposte
Consultations citoyennes, infovigilance... le gouvernement a dévoilé lundi les grandes lignes de sa stratégie de riposte face à une désinformation en santé devenue "massive" au point de mettre parfois "en péril" la santé publique.
"La désinformation en santé est aujourd'hui l'un des principaux risques pour notre santé publique. Quand les fausses informations circulent plus vite que la science, ce sont les plus fragiles qui en paient le prix fort. Et face à cela, l'État ne peut ni se taire ni se contenter de réagir coup après coup. C'est pourquoi, aujourd'hui, nous changeons de méthode", a déclaré la ministre de la Santé Stéphanie Rist lors d’une conférence de presse.
Amorcée au printemps 2025 par l'ancien ministre chargé de la Santé Yannick Neuder, la lutte contre la désinformation en santé s'impose comme une priorité stratégique pour l’Etat, a affirmé Mme Rist, elle aussi médecin de profession.
"Le phénomène, loin d’être marginal, s'enracine dans notre quotidien numérique et appelle une réponse systémique, transversale et déterminée", selon la ministre.
Pour définir sa stratégie, le ministère, qui avait déjà lancé un comité de pilotage réunissant experts et personnalités qualifiées (agences et opérateurs d'Etat, institutions nationales, Agences Régionales de Santé), s'appuie aussi sur une mission d'expertise indépendante, qui a remis son rapport lundi.
Réalisé par trois scientifiques engagés sur ce front - Mathieu Molimard, professeur de pharmacologie clinique, Dominique Costagliola, épidémiologiste et biostaticienne, et Hervé Maisonneuve, médecin en santé publique -, ce rapport alerte sur une désinformation "massive", "jusqu'à menacer l'existence même des systèmes de santé tels que nous les connaissons".
Vaccination, cancer, alimentation, santé mentale, santé des femmes... la désinformation touche tous les domaines et est alimentée par des acteurs variés (influenceurs, groupes militants, scientifiques dévoyés) obéissant à des motivations "économiques, idéologiques ou identitaires", décrivent ses auteurs.
Face à eux, la population "n'est pas assez armée pour résister", jugent les trois scientifiques, tandis que la détection et la réponse à la désinformation "restent inorganisées".
Pour sa riposte, le gouvernement a annoncé une phase "nécessaire" d'écoute et de consultation citoyenne, via des enquêtes et études d'opinion, et la création d'un "Comité citoyen" de 27 personnes, qui tiendra des assises mi-février.
- Education critique, responsabilisation des plateformes -
Déjà promis en avril 2025 par M. Neuder, l'Observatoire de la désinformation en santé est toujours "en cours de réalisation" et aura pour mission principale d'être "l'acteur essentiel de l'identification et de la compréhension des phénomènes de désinformation en santé", décrit le ministère.
Concrètement, il "assurera une veille continue", "publiera des baromètres" ou "animera des groupes de travail".
Le gouvernement prévoit aussi, "à partir de fin janvier", un dispositif d'infovigilance en santé. "Concrètement, lorsque des infox circuleront sur la vaccination, sur les traitements, sur la santé des femmes et des enfants par exemple, nous allons mettre en place un système de détection, d'analyse, puis de diffusion de réponses fiables et accessibles, avec l'aide des experts des domaines ciblés", a précisé Stéphanie Rist. Mais aussi un réseau d'experts, de journalistes ou de créateurs de contenus, selon le gouvernement.
La proposition du trio d'experts d'un "Info-Score Santé", une labellisation volontaire des sources d’information en santé inspirée du Nutri-Score, n'a pas été retenue. Mais elle "soulève des questions intéressantes", a assuré la ministre.
Dans leur rapport, les scientifiques pointent une "vulnérabilité éducative systémique", qui se traduit par une difficulté à distinguer information et opinion, ainsi qu'une méconnaissance des niveaux de preuve et des méthodes scientifiques.
Pour bâtir "un socle de confiance propice à l'information en santé", le gouvernement souhaite renforcer l'éducation critique à la santé "dès le plus jeune âge" ou poursuivre "la responsabilisation des plateformes numériques".
Selon le rapport d'expertise, les plateformes numériques "agissent désormais, via leurs algorithmes, comme de véritables acteurs médiatiques dotés d'une politique éditoriale et non plus comme de simples hébergeurs de contenus".
Ses auteurs précisent également que "le seul refus explicite d'entretien dans le cadre de notre mission a été celui de la plateforme X/Twitter", propriété du milliardaire américain Elon Musk.
Cibles eux-mêmes de vives attaques sur les réseaux sociaux lors de la pandémie de Covid-19, ces spécialistes appellent aussi à "inverser le risque" en sanctionnant les désinformateurs et protégeant les scientifiques.
H.Weber--VB