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Delon, canon de beauté
"J'ai tout eu grâce à cette beauté", disait-il. Alain Delon a représenté un canon de beauté masculine, gueule d'Apollon dont il a joué tout au long de sa carrière en une multitude de nuances, du solaire au glacial.
Son magnétisme, ses yeux bleu glacier, son regard qui tue, sans compter une discrète cicatrice au menton, héritée d'un accident de voiture à 23 ans pendant un tournage: plus que tous les autres grands acteurs français, Alain Delon avait un physique de légende américaine, façon mâle alpha.
"Hollywood avait eu Brando, Eastwood, Redford, Beatty, Newman, dans des genres de beauté différents (...) En France, Delon portait seul à ce point la beauté", écrivait Jean-Marc Parisis dans "Un problème avec la beauté", biographie romancée de l'acteur.
De fait, le physique de Delon détonnait dans le cinéma français de la fin des années 50, marqué par des "gueules" à la Lino Ventura ou Jean Gabin... Sans compter son contemporain, Jean-Paul Belmondo et son nez de boxeur.
Pendant masculin de Brigitte Bardot, l'autre canon de beauté de l'époque, Delon a eu la chance de ne pas être réduit à cette plastique, qu'il a pu utiliser comme une arme, et qui explose à l'écran dès 1960.
C'est "Plein Soleil", de René Clément, où il interprète Tom Ripley, un troublant assassin tout en duplicité, chargé par un riche Américain de l'aider à rapatrier son fils, qui lézarde en Italie avec sa compagne (Marie Laforêt).
L'occasion de l'un des plans iconiques de la carrière de l'acteur, celui où Delon apparaît torse nu, à la barre d'un voilier, en pleine Méditerranée...
"Quand on m’a proposé de faire du cinéma, je posais la question: +Pourquoi moi ?+ Et (...) on me parlait de cette beauté en permanence", confiait Alain Delon à Paris Match en 2018.
- Visage fermé -
La légende familiale veut que petit, sa mère Edith (à qui il devait sa beauté) le promenait au parc de Sceaux avec un écriteau sur la poussette, "Regardez-moi, mais ne me touchez pas !".
L'acteur racontait avoir compris que son physique lui procurait un pouvoir en séduisant des femmes, souvent plus âgées que lui: "Elles étaient folles de moi parce qu’il paraît que j’étais beau. Elles m’ont donné cette chance, de faire du cinéma".
Et quand on lui demande à la télévision en 1990 si "ça a été chiant d'être beau ?", il répond, sans fausse modestie: "C'est un problème si on est beau et con, ce qui n'est pas mon cas".
Le réalisateur qui aura le plus esthétisé le corps de Delon reste probablement Jacques Deray, dont la caméra caresse son corps musclé, au bord du bassin ensoleillé de "La Piscine" (1969), tourné sur les hauteurs de Saint-Tropez, dans un face à face avec son ancienne fiancée, Romy Schneider.
Des images que Dior réutilisera quarante ans plus tard, préférant les muscles de Delon à des beautés plus contemporaines pour vendre son parfum "Eau Sauvage"...
A ce Delon séducteur répond un autre canon, celui d'une beauté glaciale dans les plus beaux polars de l'acteur au regard de tueur et au visage fermé, exploité notamment par Jean-Pierre Melville dans "Le Samouraï" (1967).
L'histoire retiendra aussi les affiches de "Borsalino", chapeau vissé sur la tête, ou celle du "Clan des Siciliens", pistolet pointé sur le spectateur, aux côtés de Gabin et Ventura...
Après la mort de Delon, disparaît peut-être aussi l'idée d'acteurs répondant à un canon de beauté universel, dans un cinéma qui tente de se défaire des stéréotypes et s'ouvre à une plus grande diversité.
Brigitte Bardot, sa contemporaine, elle, était formelle: "Il n'y a pas de nouveau Delon parmi les nouveaux acteurs français. Barbus, chauves, mal fringués... On se demande où sont passés les gènes de la beauté!", déclarait-elle en 2018.
L.Meier--VB