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"Notre petit monde s'est effondré": Fleurance rend hommage à Lyhanna
"Notre petit monde s'est effondré": quelque 6.000 personnes ont rendu hommage dimanche à Lyhanna, retrouvée morte jeudi, lors d'une marche blanche dans la commune rurale de Fleurance, sur fond de polémique concernant le traitement judiciaire des plaintes pour viols sur mineures visant le principal suspect.
"Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut, tout ce monde rassemblé pour elle", a déclaré une tante de la petite fille de 11 ans, depuis une estrade sur laquelle se tenaient les parents de l'enfant et le maire de la ville.
"Notre petit monde tout entier s'est effondré", a-t-elle poursuivi, demandant "pardon" à sa nièce. Derrière elle, les parents de la collégienne se tiennent dans les bras, effondrés.
Sous un soleil écrasant, la marche a parcouru les rues de Fleurance avec les parents et le petit frère de Lyhanna en tête d'un cortège très dense, aux visages graves.
La famille a fait corps derrière une banderole sur laquelle est écrit: "Plus jamais ça ! On t'aime. Tu nous manques", a constaté une journaliste de l'AFP.
Les participants, vêtus de blanc, certains tenant des fleurs blanches, se sont rassemblés devant la base de loisirs de Fleurance.
Le cortège s'est arrêté à plusieurs reprises pour des moments de recueillement, notamment devant le collège de la ville où était scolarisée Lyhanna. Des participants y ont déposé leurs fleurs.
Rassemblés sur une place, à l'issue de la marche, la famille a remercié les milliers de personnes venue la soutenir.
- "Faillite" -
Karine Camus, 41 ans, habillée de blanc, une rose à la main, est très émue: "je me sens concernée, j'ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ca aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille".
Elle-même victime de violences sexuelles pendant dix ans, Karine Camus encourage les petites filles à s'exprimer, "il faut qu'elles aient le courage d'en parler pour elles".
Manola Martin, retraitée, porte un tee-shirt avec le portrait de Lyhanna. Elle a fait 50 kilomètres pour apporter son soutien à la famille. Elle aussi a raconté avoir été victime de viol quand elle avait 17 ans.
Elle est présente pour ses "filles et ses petites filles" car "malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens-là", dit-elle.
À Montestruc-sur-Gers, où réside le principal suspect, le panneau du village a été recouvert d'un drap blanc sur lequel a été taggué "PDM (peine de mort, ndlr) pour les pédos", a constaté dimanche un photographe de l'AFP.
"La réalité, c'est que Lyhanna est le dernier acte d'une tragédie qui se joue depuis bien trop longtemps. Celle de nier la parole des enfants", a dénoncé le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, à l'issue de la marche.
L'édile de cette "ville en colère", a évoqué "une faillite dans notre mission la plus importante en tant qu'élu, en tant que nation".
- "Dysfonctionnement inacceptable" -
Quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour "comportement inapproprié" envers une lycéenne, visent le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration avant d'être incarcéré.
Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n'avait jamais été entendu auparavant par les enquêteurs. Selon la procureure de la République d'Auch, il avait fait l'objet de plaintes pour viols sur mineures en 2022 et 2025. La première a été classée sans suite. Une enquête est en cours pour la seconde.
Cette seconde plainte suscite la colère dans le Gers et au-delà: déposée en août 2025, le parquet de Toulouse l'a ensuite transmise au parquet d'Auch, les faits s'étant produits à Montestruc-sur-Gers, où habitait Jérôme B.
Selon la procureure d'Auch, elle n'a été reçue qu'en décembre 2025, puis transmise à la gendarmerie en janvier 2026. Jérôme B. n'a jamais été entendu dans cette affaire, un ratage suscitant l'ire des habitants de Fleurance.
Ces dysfonctionnements ont été pointés du doigt jusqu'au plus haut sommet de l'Etat, qui accable l'institution judiciaire.
Gérald Darmanin, "furieux" du traitement du suspect par la justice, a présenté vendredi ses "excuses au nom de la Justice" à la famille de Lyhanna.
Mais l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) dénonce une "impression qu'il faut des boucs émissaires" et pointe la multiplication des circulaires "sans se poser la question de savoir si les services ont la capacité de les intégrer", selon son secrétaire général adjoint, Aurélien Martini.
bur-tb-mby-zub/bar/spi
M.Betschart--VB