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Biens mal acquis au Liban: la banque HSBC mise en examen à Paris
L'enquête sur les biens mal acquis libanais a pris une nouvelle dimension avec la mise en examen en mai à Paris de la filiale suisse de la banque britannique HSBC, soupçonnée d'avoir aidé l'ex-gouverneur de la banque centrale du pays Riad Salamé à détourner des fonds.
La banque est poursuivie pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre des délits tels que du détournement de fonds publics, des abus de confiance ou de la corruption d'agent public, a appris l'AFP jeudi auprès du Parquet national financier (PNF) français, confirmant une information du Monde.
La banque a dû verser 80 millions d'euros de cautionnement, notamment en raison d'éventuels dommages et intérêts futurs à payer, selon la même source.
"Nous ne sommes pas en mesure de commenter une affaire juridique. L'enquête est en cours et nous continuons à coopérer", a indiqué HSBC, interrogée par l'AFP.
L'instruction française a été ouverte en juillet 2021, pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs, en parallèle d'enquêtes européennes ou libanaise.
En mai 2023, une juge française a délivré un mandat d'arrêt international à l'encontre de Riad Salamé, soupçonné de s'être constitué un riche patrimoine immobilier et bancaire en Europe et aux Etats-Unis via un montage financier complexe, un détournement massif de fonds publics libanais et la complicité de nombreux protagonistes.
- "Restitution" -
Gouverneur de la Banque centrale de 1993 à juillet 2023, Riad Salamé, qui était étroitement lié à la classe politique, est accusé par ses détracteurs d'être l'un des principaux responsables de l'effondrement financier du Liban.
Riad Salamé n'est pas mis en examen car il n'a pas répondu à la convocation des juges français. Le Liban refuse d'extrader ses ressortissants.
Son frère Raja Salamé a lui été mis en examen en août 2024 à Paris et placé sous contrôle judiciaire.
Tous deux contestent toute malversation.
Plusieurs autres personnes sont poursuivies en France, comme l'ancienne assistante de M. Salamé à la Banque du Liban, un neveu de ce dernier ou l'ancien ministre Marwan Kheireddine.
La mise en examen de HSBC "constitue une étape importante pour les perspectives de restitution et de réparation au bénéfice du peuple libanais, durement affecté par l'une des plus graves crises de son histoire récente", a souligné auprès de l'AFP Me Chanez Mensous, responsable des questions de corruption au sein de cette ONG.
Elle "illustre l'ampleur et la portée du contentieux engagé par Sherpa en 2021", a-t-elle noté, en estimant que "la recherche des responsabilités doit s'étendre à l'ensemble des acteurs ayant pu contribuer à la circulation et à la dissimulation de ces fonds".
- "Avancée décisive" -
"C'est une avancée décisive qui restitue pleinement la responsabilité de la banque dans une entreprise mafieuse au préjudice du peuple libanais", ont réagi de leur côté auprès de l'AFP William Bourdon et Vincent Brengarth, avocats du Collectif des victimes des pratiques frauduleuses et criminelles au Liban (CVPFCL) et de Sherpa.
Riad Salamé, ancien banquier d'affaires franco-libanais âgé de 75 ans, a été placé en détention provisoire au Liban pendant un an avant d'être libéré en septembre dernier, en versant une caution record de plus de 14 millions de dollars.
A Beyrouth, la justice a ordonné en janvier un procès contre lui, le soupçonnant d'avoir détourné 44 millions de dollars, d'après une source judiciaire libanaise.
Contactés par l'AFP, ses avocats, Mes Pierre-Olivier Sur, Sofia Bougrine et Clara Gérard-Rodriguez, ont expliqué à l'AFP que Riad Salamé n'étant pas mis en examen, ils n'avaient pas "accès au dossier d'instruction, contrairement à (leurs) confrères intervenant en défense ou pour les parties civiles": "Dans ces conditions, il nous est difficile de commenter des actes", comme pour HSBC.
Selon ses conseils, "le patrimoine immobilier de Riad Salamé a été constitué de longue date, grâce aux rémunérations très importantes qu'il percevait en qualité de conseiller financier chez Merrill Lynch, avant sa nomination à la Banque du Liban". "Nous en avons transmis la preuve aux juges d'instruction", ont-ils assuré.
Ses avocats ont par ailleurs jugé "indispensable que les juges d'instruction français suspendent leurs investigations" jusqu'à son procès au Liban.
La Banque du Liban s'est constituée partie civile dans l'enquête française.
P.Keller--VB