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Espagne: le procès de l'ancien bras droit du Premier ministre s'ouvre à Madrid
Le procès pour corruption de José Luis Ábalos, ex‑ministre des Transports espagnol, ancien poids lourd du parti socialiste et figure clé de l'ascension du Premier ministre Pedro Sánchez, s'ouvre mardi à Madrid, une affaire que les socialistes voudraient bien enterrer.
L'audience de ce qui constitue la première grande affaire de corruption éclaboussant le gouvernement socialiste depuis 2018 commence à 10H00 (08H00 GMT) au Tribunal suprême de Madrid.
L'affaire est très embarrassante pour ce parti arrivé au pouvoir il y a huit ans à la faveur d'une motion de censure contre le gouvernement de Mariano Rajoy, précisément embourbé dans des affaires de corruption.
"Mon sentiment, notre sentiment, c'est l'indignation", a déclaré lundi le premier vice‑président du gouvernement de M. Sánchez, Carlos Cuerpo disant attendre "que la justice fasse son travail et qu'elle le fasse avec fermeté".
Ce procès intervient alors qu'approche l'élection régionale du 17 mai en Andalousie. Selon les sondages, les socialistes pourraient essuyer une nouvelle défaite, après celles d'Estrémadure, Aragon et Castille-et-Léon.
José Luis Ábalos, ministre des Transports entre 2018 et 2021, est poursuivi pour corruption, détournement de fonds, trafic d'influence et appartenance à une organisation criminelle, en raison de suspicions de contrats irréguliers de vente de masques pendant la pandémie de Covid‑19.
L'opposition s'est régalée de ce scandale, réclamant à chaque étape judiciaire la démission de Pedro Sánchez, dont plusieurs proches collaborateurs sont également inculpés.
"Rappelons" que Pedro Sánchez "est allé jusqu'à dire qu'il ne connaissait pas personnellement Ábalos, a souligné lundi le porte‑parole du Parti populaire (PP), Juan Bravo, ajoutant "c'était son ami et très probablement son complice".
- "Pacte criminel" -
Les socialistes répliquent en rappelant que lundi s'est ouvert à Madrid le procès d'un ancien ministre de l'Intérieur du PP, accusé d'avoir organisé un réseau pour espionner et faire taire un ancien trésorier du parti qui menaçait de révéler des secrets compromettants.
Devant le Tribunal suprême de Madrid, José Luis Ábalos - qui plaide non coupable - sera jugé aux côtés de son ex‑conseiller Koldo García et de l'homme d'affaires Víctor de Aldama.
Le parquet, qui requiert avant le procès en Espagne, a demandé jusqu'à 24 ans de prison à l'encontre de l'ancien ministre, placé en détention provisoire depuis novembre 2025.
Selon le ministère public, le trio d'hommes formait un "pacte criminel" qui recherchait l'enrichissement personnel, en tirant parti de la fonction de José Luis Ábalos pour favoriser l'attribution de marchés à des entreprises liées à Víctor De Aldama.
Le scandale est d'autant plus fâcheux pour le parti au pouvoir - qui n'a de cesse de se proclamer féministe - que l'enquête a mis au jour certains enregistrements audio, révélés par la presse, dans lesquels les accusés échangeaient dans un langage cru à propos de rencontres qu'ils organisaient avec des prostituées.
Plus de 75 témoins et une vingtaine d'experts sont cités à comparaître dans ce procès, qui devrait se prolonger jusqu'à la fin du mois.
Le tribunal n'examinera pas, pour l'instant, les autres volets de l'affaire qui ont éclaboussé Santos Cerdán, successeur d'Ábalos au poste de numéro trois du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), lui aussi inculpé pour corruption dans une procédure parallèle.
José Luis Ábalos, Koldo García et Santos Cerdán ont joué un rôle décisif dans le retour de M. Sánchez à la tête du parti socialiste en 2017, après la célèbre "tournée de la Peugeot", pendant laquelle l'actuel président a reconquis les bases du parti. Un passé commun qui leur vaut désormais le surnom de "Bande de la Peugeot".
Pedro Sánchez affirme qu'il ignorait totalement les activités visées par l'enquête et nie que le PSOE ait bénéficié d'un financement illégal.
Après la mise en examen de Cerdán, il a présenté ses excuses aux citoyens et a pris ses distances avec les accusés.
Le Premier ministre devra faire face à d'autres fronts judiciaires : son frère David doit être jugé fin mai pour trafic d'influence présumé et son épouse, Begoña Gómez, est inculpée dans une affaire distincte de corruption.
A.Ruegg--VB