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Un an après son arrestation, le maire d'Istanbul au tribunal
Le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, détenu depuis un an, comparaît lundi dans une vaste affaire de corruption qualifiée par les opposants comme une tentative de saboter ses chances de défier le président Recep Tayyip Erdogan.
Arrêté le 19 mars 2025 et détenu depuis, M. Imamoglu doit comparaître devant le tribunal de Silivri à 10H00 (07H00 GMT).
M. Imamoglu a été emprisonné le jour où il a été désigné candidat du principal parti d'opposition, le CHP (Parti républicain de peuple, social-démocrate), à la prochaine élection présidentielle turque. Il est considéré comme l'un des rares hommes politiques capable de vaincre Erdogan à ce scrutin prévu avant mi-2028.
Le procureur a inculpé cet homme de 54 ans de 142 chefs d'accusation qui pourraient lui valoir une peine allant jusqu'à 2.430 ans de prison.
Il est accusé d'avoir dirigé un vaste réseau criminel sur lequel il exercerait une influence "telle une pieuvre".
L'audience se déroulera au tribunal de Silivri, situé à 80 kilomètres à l'ouest d'Istanbul, qui fait partie du complexe pénitentiaire où M. Imamoglu est détenu.
Maire de la plus grande ville de Turquie jusqu'à son arrestation, M. Imamoglu fait face à des accusations allant de la corruption au détournement de fonds et à l'espionnage, au côté de 407 autres accusés.
Selon Tora Pekin, l'un des avocats de M. Imamoglu, l'audience de lundi pourrait consister en la lecture d'un résumé de l'acte d'accusation - qui compte près de 4.000 pages - et de la vérification de l'identité et la présence des accusés et de la défense.
Le tribunal fixera également le calendrier et le programme des audiences et décidera de l'ordre dans lequel les accusés effectueront leur défense, a-t-il affirmé.
- L'instrumentalisation de la justice -
Des organisations de défense des droits humains Human Rights Watch et Amnesty International ont dénoncé l'instrumentalisation du système judiciaire turc pour écarter les opposants politiques.
"Cela porte la marque d'une tentative d'intimidation des opposants politiques et de réduction au silence des voix dissidentes dans le pays", a affirmé Dinushika Dissanayake, directrice adjointe d'Amnesty International pour l'Europe dans un communiqué.
"Ce procès de masse est l'exemple le plus extrême de l'instrumentalisation inquiétante du système judiciaire turc, dont l'indépendance a désormais été presque entièrement anéantie", a-t-elle ajouté.
Le CHP a remporté une victoire aux élections locales de mars 2024 contre l'AKP du président Erdogan au pouvoir et a depuis fait l'objet d'une vaste répression judiciaire, avec quinze de ses maires derrière les barreaux.
A l'ouverture du procès, le CHP prévoit d'installer des tentes en signe de solidarité devant le tribunal de Silivri.
Les autorités ont toutefois interdit ce week-end tout rassemblement, marche ou prise de parole jusqu'à fin mars dans un rayon d'un kilomètre autour du tribunal.
Elles ont également limité à 25 le nombre de journalistes autorisés à assister à l'audience, dont seulement cinq places réservées aux médias internationaux, a indiqué le CHP.
Les analystes estiment difficile une candidature de M. Imamoglu à la prochaine élection présidentielle.
Même s'il est innocenté des accusations de corruption, il se heurte à un obstacle juridique encore plus important: une action en justice contestant la validité de son diplôme universitaire, condition constitutionnelle pour les candidats à la présidence.
S'il est inéligible, les observateurs politiques s'attendent à ce que l'actuel dirigeant du CHP, Özgür Özel, devienne le candidat de l'opposition à la présidentielle.
T.Ziegler--VB