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Inondations au Mozambique: "J'en suis venue à souhaiter la mort"
"Quand je me suis retrouvée bloquée dans l'eau, j'en suis venue à souhaiter la mort, à cause des douleurs provoquées par les contractions et la situation dans laquelle je me trouvais."
A 17 ans, Erica Raimundo Mimbir a donné naissance à son premier enfant le 19 janvier, à même une table d'une classe de l'école primaire d'Ilha Josina, dans la province de Maputo au Mozambique, après avoir passé plusieurs jours dans sa maison envahie par les eaux.
Evacuée par bateau le 20, Erica a désormais trouvé refuge chez des proches dans la localité voisine de 3 de Fevereiro. Elle fait des partie des 650.000 Mozambicains affectés selon l'ONU par les inondations provoquées par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le sud et le centre du pays depuis décembre.
"Je ne pense pas que je retournerai chez moi car je n'ai jamais vécu une situation pareille. Je ne me vois pas revenir dans cette maison après ce que j'y ai vu. Nous avons dormi dans l'eau, assis. Je mettais les pieds dans l'eau et je m'adossais au mur pour pouvoir dormir. Et dans l'état où je me trouvais, c'était extrêmement douloureux", poursuit-elle.
Son bébé, né prématuré à 1,5 kilo, elle l'a baptisé Rosita. En référence à Rosita Salvador, dont la maman avait accouché alors qu'elle s'était réfugiée dans un arbre avant d'être secourue par hélicoptère, lors des inondations catastrophiques de 2000 qui avaient fait 800 morts. Rosita Salvador, décédée de longue maladie en janvier, était devenue un symbole de cette tragédie.
Près de 140 personnes ont péri dans les inondations au Mozambique depuis le 1er octobre, selon l'agence nationale de gestion des catastrophes (INGD).
Et environ 100.000 des 650.000 Mozambicains affectés ont trouvé refuge dans un des 99 centres d'hébergement temporaire, selon l'agence onusienne de coordination de l'aide humanitaire (OCHA).
- "Mon coeur n'est pas en paix" -
Dans la localité 3 de Fevereiro, une école a été ainsi reconvertie en centre d'hébergement d'urgence, où quelque 530 personnes, réparties dans 11 salles de classe, ont trouvé refuge et commencent à peine à envisager les conséquences dramatiques des inondations pour leur avenir, quand certains réalisent avoir réchappé à la mort.
C'est le cas d'Elsa Paulino, 36 ans et mère de cinq enfants. Ce jour-là, elle part assister avec les deux plus petits à une veillée funéraire en dehors de son village, ses trois aînés à la maison. Mais sur le chemin du retour, l'eau a recouvert la chaussée et rend désormais le trajet périlleux.
Elle tente tout de même sa chance: "J'étais désespérée (de retrouver mes enfants, ndlr). (Mais) la voiture dans laquelle je me trouvais a presque été emportée par les eaux en furie."
Elle rebrousse chemin et parvient ensuite à organiser l'évacuation à distance de ses trois aînés par bus, chez des proches vivant plus au sud dans la province de Gaza, durement touchée par les inondations.
"Malgré les inondations dans la province de Gaza, je sais à l'heure où on parle que mes enfants sont en lieu sûr. Mais mon coeur de maman n'est pas en paix. Je voudrais qu'ils soient avec moi. Et pour l'instant, ils ne peuvent pas me rejoindre car la route est bloquée", explique-t-elle à l'AFP, visiblement désemparée.
Les inondations ont provoqué d'importants dégâts sur des infrastructures cruciales: route, ponts, réseau électrique, réseau d'eau potable, entravant l'acheminement d'aide. La N1, principal axe routier depuis Maputo vers le nord, est ainsi toujours coupée.
Quelque 325.000 têtes de bétail ont péri et 285.000 hectares de terres agricoles ont été endommagées, précise OCHA.
Salvador Maengane, agriculteur de 67 ans rencontré par l'AFP dans le centre de 3 de Fevereiro, explique avoir tout perdu.
"Toute mon exploitation est inondée. En mai, je devais récolter la canne à sucre et en mars, le maïs et les légumes. Tout est perdu et je n'ai plus rien à vendre. Tous les revenus pour ma famille ont disparu", se désole l'homme à la silhouette fine, qui exploite cinq hectares à Xinavane, plus au nord.
"Beaucoup de gens souffrent car c'est la première fois que je vois une tragédie de cette ampleur", témoigne-t-il.
"Lors des saisons des pluies précédentes, il est toujours possible de récolter dans des endroits que l'eau n'avait pas atteints. Mais cette année, elle était partout".
R.Buehler--VB