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Bar incendié en Suisse: enquête ouverte contre les gérants français, identification des corps au compte-gouttes
Les autorités suisses ont annoncé samedi l'ouverture d'une enquête pénale contre les deux gérants français du bar ravagé la nuit du Nouvel an par un incendie dans la station de ski de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 119 blessés.
Ils sont accusés d'"homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence".
Avant d'envisager un éventuel procès, cette enquête devra établir la responsabilité de ce couple, Jacques et Jessica Moretti, dans le drame vraisemblablement provoqué, selon l'enquête, par des bougies incandescentes fixées sur des bouteilles de champagne placées trop près du plafond du sous-sol de l'établissement.
A ce jour, huit morts, tous Suisses, dont deux mineurs, ont été identifiés.
Vendredi, la police avait annoncé qu'avaient pu être formellement identifiés 113 des 119 blessés.
Parmi eux se trouvent 71 Suisses, 14 Français (16 selon le ministère français des Affaires étrangères samedi), 11 Italiens, quatre Serbes, mais aussi un Bosniaque, un Belge, un Luxembourgeois, un Polonais et un Portugais.
- "Emouvant" -
"La Suisse est profondément triste", a déclaré sur place samedi le ministre suisse de la Justice et Police, Beat Jans.
"C'est incroyablement émouvant de voir cet endroit et de réaliser la puissance de ces flammes, même au dernier étage où j'ai pu entrer. On peut sentir l'odeur... on voit les dégâts causés par ces flammes, elles devaient être d'une intensité incroyable. 500, 600 degrés (...) C'est une tragédie terrible", a-t-il dit devant la presse.
L'identification des corps et des derniers blessés devrait durer plusieurs jours selon les autorités.
Plusieurs patients-grands brûlés ont été transférés dans des hôpitaux en France, en Belgique, en Allemagne et en Italie.
- Marche silencieuse dimanche -
Les hommages et appels à se rassembler se multiplient, et des messes sont organisées à l'intention des victimes.
Samedi soir à Montana, l'église était pleine, certaines personnes étaient en larmes tandis que d'autres se serraient dans les bras.
"On est venus pour soutenir ces familles qui sont dans le deuil", a déclaré à l'AFP Maurice Robyr, de Crans-Montana, après la messe.
"Je ne vais pas à l'église le reste du temps" mais "il faut venir aider, être solitaire, être humain", a confié Patricia, 68 ans, se disant "tétanisée" et "choquée".
La messe dominicale, en présence de représentants d'autres confessions religieuses, sera elle suivie d'une marche silencieuse jusqu'à la chapelle ardente installée à proximité du lieu du drame.
Des psychologues sont également sur place.
"Parmi toute la gamme d'émotions que nous voyons et entendons chez les gens" qui viennent "il y a de la colère, de la tristesse, de la peur, bien sûr, car certains attendent toujours des informations sur leurs proches", a indiqué l'une de ces psychologues, Guendalina Grossi, aux journalistes.
De nombreux groupes ont été créés sur les réseaux sociaux pour proposer aide, services ou solutions de logement aux proches des victimes ou équipes de soin ou de secours à Crans-Montana, mais aussi à Genève, Lausanne ou Zurich, où des blessés ont été admis.
- Mousse -
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre le début de l'embrasement du plafond du sous-sol du bar. Sur d'autres vidéos, on voit ensuite des jeunes qui tentent désespérément de sortir du bar, d'une capacité maximale de 300 personnes.
Des témoins ont décrit des scènes d'horreur: des gens ont tenté de briser les vitres du bar pour s'échapper, tandis que d'autres, couverts de brûlures, se précipitaient dans la rue.
L'enquête doit notamment porter sur les travaux effectués au sein de l'établissement, les matériaux utilisés, les autorisations d'exploiter et les mesures de sécurité.
- "Laissez-nous tranquilles" -
Le président de la commune de Crans-Montana Nicolas Féraud a assuré à la radio-télévision publique suisse RTS qu'il n'y avait eu aucun laxisme de la part de sa commune, mais qu'il est "évident que ce genre de catastrophe remet" des choses en cause, notamment sur "le contrôle de tous les établissements publics".
Interrogé samedi par des journalistes dont l'AFP devant son domicile de la commune voisine de Lens, le propriétaire du bar Jacques Moretti a lancé: "laissez-nous tranquilles, nous aussi nous sommes en deuil". Vendredi, il avait assuré au quotidien La Tribune de Genève que son bar avait été contrôlé "trois fois en dix ans" et que "tout s'(était) fait dans les normes".
Au terme de l'instruction ouverte, le ministère public décidera de classer l'affaire ou d'émettre un acte d'accusation. En attendant, les intéressés n'ont fait l'objet d'aucune mesure de détention provisoire ni d'assignation à résidence, a confirmé à l'AFP un porte-parole de la police cantonale.
R.Fischer--VB