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À Mayotte, les déchets du cyclone Chido empoisonnent toujours l'île
Sur le front de mer de Mamoudzou, un voilier éventré repose encore sur un trottoir, un an après que le cyclone Chido a dévasté Mayotte. À ses pieds, des débris de coques et des morceaux de polyester s'enfoncent dans les rochers.
La scène rappelle le lendemain du passage du cyclone tropical Chido, qui avait frappé l'archipel de plein fouet le 14 décembre 2024, faisant 40 morts et 41 disparus. Les bateaux à l'ancre dans le lagon du département français avaient été surpris par les vents: parmi les naufrages, une vedette de la gendarmerie et une barge reliant les deux îles de Mayotte.
Un peu plus loin, la route littorale débouche sur une vaste étendue de gravats: les débris des habitations dévastées y sont encore entassés, presque inchangés depuis un an, malgré les opérations de nettoyage.
Selon la préfecture de Mayotte, "le passage successif des cyclones Chido et Dikeledi (qui a provoqué des pluies diluviennes le 12 janvier, ndlr) ont généré près de 10.000 tonnes de déchets" dans la collectivité de 374 km2.
Quelque 50 "sites tampons" avaient alors été mis en place à travers Mayotte. "Il en reste cinq sur le territoire", précise Chanoor Cassam, directeur général du Sidevam, en charge de la collecte et du traitement des déchets ménagers.
Il espérait voir disparaître "la totalité de ces tas d'ordures en mai". Mais en décembre, la situation reste inextricable. Il faut dire que les vents à plus de 210 km/h ont aussi perturbé durablement le service des collectes.
Les premiers mois, le site d'enfouissement du nord, endommagé, ne pouvait traiter plus de 300 tonnes quotidiennes. Aujourd'hui, il en absorbe "400 à 500". Mais les dépôts encore visibles sur l'île mêlent bois, ferrailles ou plastiques, qui doivent être triés puis exportés avant l'enfouissement des déchets non valorisables
Car Mayotte ne dispose ni de filière de recyclage ni d'incinérateur. Le tri repose sur quelques bornes d'apports volontaires, avant l'expédition des matériaux "en Hexagone", rappelle Philippe Moccand, directeur régional outre-mer de Citeo, chargé de la collecte des déchets recyclables sur l'île.
Le résultat reste marginal: "seulement 3% des emballages en verre, plastique, papier, carton ou des conserves sont triés" à Mayotte contre 66% dans l'Hexagone, souligne Chanoor Cassam.
- Risques sanitaires -
Ces amas de déchets créent des risques sanitaires croissants. En février, la préfecture a autorisé "pour des raisons de salubrité et de santé publique" le brûlage exceptionnel d'une partie des déchets.
La mesure visait à contenir rats et moustiques, "vecteurs de maladies graves" dans un territoire touché en 2024 par une épidémie de choléra, alertait alors la sénatrice (LR) Marta de Cidrac, présidente du groupe d'études "Économie circulaire" qui appelle à "repenser la gestion des déchets à Mayotte".
Le mélange des déchets produit un lixiviat (jus) toxique qui s'infiltre dans les sols, menace les nappes phréatiques et, par ruissellement, gagne le littoral. "Les appareils électroménagers peuvent aussi rejeter des métaux lourds", rappelle le directeur du Sidevam, Chanoor Cassam.
Une pollution diffuse qui atteint la végétation, les rivières et finit parfois dans le lagon de Mayotte, que les élus locaux ambitionnent d'inscrire au patrimoine mondial de l'Unesco.
Pour Damien Devault, maître de conférences en éco-toxicologie qui participe au projet Plasma ("Pollution aux microplastiques du lagon de Mayotte"), "les conséquences sur l'écosystème marin sont indéniables".
D'autant que les épaves accentuent le phénomène. Des fragments de coques flottent encore entre deux eaux et rejoignent parfois les mangroves. Les rivières rejettent d'autres déchets.
"Les navires en polyester sont en décomposition dans l'eau depuis un an. Nous manquons de moyens pour les extraire du lagon, le risque qu'ils cassent et polluent encore davantage le milieu est grand et on ne sait pas où les mettre", souligne le chercheur.
"Le cyclone a rendu extrêmement visibles des problématiques qui étaient déjà présentes sur l'île en les amplifiant", poursuit-il.
En août, l'État a missionné une entreprise pour retirer certaines épaves qui menaçaient la navigation. Pour les autres, il n'y a plus d'urgence, veut croire un spécialiste de la biodiversité dans l'archipel, souhaitant rester anonyme.
"Le gazole et l'huile des moteurs se sont déjà échappés. Et quand un bateau est échoué sur les rochers, il est quasiment inaccessible".
R.Braegger--VB