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Argentine: procès-phare de corruption pour une Cristina Kirchner crépusculaire
L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner, déjà condamnée à de la prison à domicile et inéligible, est jugée depuis jeudi dans un procès-phare de corruption présumée, un jalon de plus dans le crépuscule de cette figure politique dominante pendant 20 ans.
Pour l'accusation, le procès consacre "l'enquête sur des faits de corruption la plus vaste jamais réalisée dans l'histoire judiciaire argentine", portant sur les années 2003 à 2015, pendant lesquelles Cristina Kirchner fut successivement Première dame, puis cheffe de l'Etat (2007-2015).
Un "show judiciaire", a-t-elle dénoncé sur X à l'ouverture du procès, qui se fera essentiellement en visio-conférence. Une "opérette", un "cirque", visant à "détourner l'attention" des réformes ultralibérales, sur le droit du travail et les retraites, que prépare le gouvernement de Javier Milei. "Je n'ai pas peur. Je sais que l'histoire, comme toujours, remettra les choses à leur place".
Reste qu'après une condamnation déjà en juin, un revers de son camp aux législatives d'octobre, à présent un procès-marathon de plusieurs mois voué à un fort écho... Le judiciaire, comme le politique, renvoient l'image d'une opposition péroniste en souffrance, ou du moins le "kirchnérisme" (centre gauche) qui l'a incarné depuis 2003, à travers les présidences de Nestor puis de sa veuve Cristina.
Cristina Kirchner, 72 ans, est poursuivie, avec une pléiade d'ex-fonctionnaires et entrepreneurs (87 prévenus au total) pour association illicite et corruption, passive ou active.
Le procès dit des "Cuadernos" tire son nom de cahiers où un chauffeur de ministère notait méticuleusement des allées et venues d'enveloppes ou sacs de liquide, depuis des entreprises (de BTP surtout), vers des membres du pouvoir de deuxième ou troisième rang. Parmi lesquels, tout de même, un ex-ministre et des sous-secrétaires d'État.
La première audience, jeudi, était consacrée à la longue énumération de ces allées et venues, plus de 200.
Pour l'accusation, l'instruction a mis au jour un réseau "de collecte de fonds (...) pour des accords avec d'importantes entreprises". Un système "de bénéfices réciproques" avec pour contrepartie des marchés publics.
L'acte d'accusation ne cite pas de montant global pour les pots-de-vins présumés, mais des médias - l'affaire avait été révélée en 2018 par le quotidien La Nacion - ont évoqué plusieurs dizaines de millions de dollars.
Selon qu'elle est reconnue coupable de corruption passive ou de cheffe d'organisation illicite, Cristina Kirchner encourt jusqu'à 6 ou 10 ans de prison.
- Crise de leadership -
L'avocat de Cristina Kirchner, Gregorio Dalbon, a dénoncé un procès dont "la sentence est déjà écrite". La défense invoque des preuves manipulées et des témoignages extorqués à de soi-disant "repentis". Plusieurs témoins sont sous protection judiciaire.
L'ex-présidente se dit victime d'une "persécution politico-judiciaire" venant de la droite, en particulier de son successeur à la présidence, le libéral Mauricio Macri (2015-2019), visant à "l'éliminer politiquement".
C'est, d'une certaine manière, chose faite. En juin, Mme Kirchner a vu sa condamnation à l'inéligibilité et à six ans de prison confirmée dans une affaire distincte d'administration frauduleuse, portant sur des marchés publics dans son fief de Santa Cruz (sud), pendant ses mandats présidentiels.
Eu égard à son âge, elle purge sa peine sous bracelet électronique dans son appartement du quartier de Constitucion, à Buenos Aires.
Là, elle reçoit des politiciens amis (le Brésilien Lula en juillet) et sort saluer des partisans depuis son balcon. Elle distille sur X ses jugements sur la politique du président ultralibéral Javier Milei ou la stratégie de l'opposition. Avec de moins en moins d'écho.
L'inattendue et nette victoire de Milei aux législatives du 26 octobre (40,6% contre 31,7% au péronisme) a marqué le manque d'attrait - ou de contre-proposition - de l'opposition, malgré la dureté de deux ans d'austérité budgétaire.
Pour toute réaction, Cristina Kirchner s'en est pris à la stratégie électorale du gouverneur de la province de Buenos Aires, Axel Kicillof, 54 ans, à ce jour un des rares espoirs présidentiables de l'opposition. Ajoutant à la défaite un goût de division.
"Le péronisme est en crise, il n'y a pas de leadership, et cela va devoir se résoudre sur les deux prochaines années, avant (...) la présidentielle de 2027", résume pour l'AFP le politologue Raul Timerman, connaisseur du camp progressiste dont il est plutôt proche. "Il est très probable qu'il y ait une primaire, que cela se résolve par le vote".
Le procès des "Cuadernos", à raison d'une audience par semaine, devrait s'étirer jusqu'en 2026, voire au-delà.
D.Bachmann--VB