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Vendanges en Champagne: un procès pour traite d'êtres humains s'ouvre à Châlons-en-Champagne
Trois personnes comparaissent jeudi devant le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne pour traite d'êtres humains, soupçonnées d'avoir exploité et hébergé dans des conditions indignes 57 travailleurs, pour la plupart en situation irrégulière, lors des vendanges 2023 dans le prestigieux vignoble champenois.
Le procès, prévu sur une journée, s'ouvrira à 9H00. Avant l'audience, un rassemblement est prévu devant le tribunal, à l'appel de la CGT Champagne.
Parmi les prévenus figure la dirigeante d'Anavim, une société de prestations viticoles. Cette femme de 44 ans originaire du Kirghizistan est également poursuivie pour travail dissimulé, emploi d'étrangers sans autorisation de travail salarié, soumission de personnes vulnérables à des conditions d'hébergement indignes et avec une rétribution inexistante ou insuffisante.
Deux hommes âgés de 33 ans, soupçonnés d'avoir participé au recrutement des vendangeurs en Ile-de-France, seront jugés à ses côtés. La société Anavim et une coopérative vinicole de la Marne sont également poursuivies comme personnes morales.
En septembre 2023, à la suite d'un signalement de riverains, l'inspection du travail procède à un contrôle et constate des conditions de vie portant "gravement atteinte à la sécurité, à la santé et à la dignité des occupants", selon la procureure Annick Browne.
- "Indignes" -
Dans la foulée, la préfecture ordonne la fermeture de cet hébergement collectif mis à disposition par Anavim à Nesle-le-Repons, au sud-ouest de Reims, en raison de conditions de vie jugées "insalubres" et "indignes".
S'appuyant sur le rapport de l'inspection du travail, la préfecture relevait des "literies de fortune", "l'état de vétusté", le "délabrement", l'"absence de nettoyage", "l'état répugnant des toilettes, sanitaires et lieux communs", et notait l'existence "d'un risque électrique".
Les vendangeurs étaient logés dans une maison en travaux et un hangar, dormant sur des matelas gonflables à même le sol, avec des douches de fortune, des toilettes inutilisables et de nombreuses anomalies électriques, détaille aussi le parquet.
Les travailleurs étaient transportés de leur hébergement à leur lieu de travail, "entassés à l'arrière de camionnettes" sans sièges ni ouvertures, et travaillaient "minimum dix heures par jour avec une unique pause déjeuner de 30 minutes", sans équipement de protection individuel et souvent avec des salaires "sans rapport" avec le travail accompli, relève le parquet.
Après plusieurs mois d'enquête, 57 victimes ont été identifiées et l'immeuble ayant hébergé les travailleurs a été saisi.
Les prévenus "ont un mépris total pour le respect de la dignité humaine", dénonce Me Maxime Cessieux, avocat des victimes, dont la majorité sont des étrangers en situation irrégulière originaires du Mali, de Mauritanie, de Côte d'Ivoire ou encore du Sénégal.
- Image du Champagne en jeu -
Il estime que "l'exploitant viticole ne peut pas faire semblant qu'il ne savait pas" et appelle les maisons de champagne à être "intransigeantes" sur les conditions dans lesquelles sont ramassés leurs raisins.
Les donneurs d'ordre et les prestataires "doivent être condamnés conjointement", réclame pour sa part José Blanco, de la CGT Champagne, partie civile.
Le syndicaliste demande également que "les conditions d'hébergement et de rémunération des travailleurs saisonniers soient inscrites dans le cahier des charges de l'AOC Champagne". "Si un vigneron emploie un prestataire impliqué dans un cas de traite d'êtres humains, alors sa récolte doit être déclassée", estime M. Blanco.
Le procès, initialement prévu en mars, avait été renvoyé à la demande de la défense.
Pour la première fois dans un procès sur le sujet des vendangeurs, le Comité Champagne, qui représente 16.200 vignerons, 130 coopératives et 370 maisons de Champagne, est lui aussi partie civile.
Le Comité Champagne souhaite ainsi "exprimer sa ferme opposition à ces pratiques inacceptables", selon une déclaration de son directeur général, Charles Goemaere, transmise à l'AFP en mars.
Les vendanges de 2023 dans la région avaient été émaillées d'incidents. Quatre personnes travaillant à la récolte du raisin sont notamment décédées lors d'un mois de septembre particulièrement chaud cette année-là.
Dans un communiqué cosigné avec la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et le Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), également parties civiles, la CGT a dénoncé "les pratiques inacceptables" d'"un patronat agricole "qui n'hésite pas à surexploiter les travailleurs pour accroître ses profits".
R.Braegger--VB