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Derrière la révolution de l'IA, la place des femmes en question
Une révolution 100% masculine ? La surreprésentation des hommes dans le secteur de l'intelligence artificielle pose la question de la place des femmes, une absence à laquelle il est urgent de s'attaquer aux yeux des spécialistes.
En France, selon l'Insee, les femmes représentent seulement 24% des personnes employées dans le numérique. Au niveau mondial, elles représentent 12% des chercheurs en intelligence artificielle et 6% des développeurs, selon l'Unesco.
"Si rien n'est fait, cela veut dire que plus de la moitié de l'humanité va être laissée de côté des changements en cours et à venir", souligne auprès de l'AFP Hélène Deckx Van Ruys, copilote du groupe femmes et IA au Laboratoire de l'égalité, à l'heure où se tient un sommet mondial consacré à l'IA à Paris.
L'intelligence artificielle - à savoir l'ensemble des techniques qui permettent à des machines d'accomplir des tâches normalement réservées aux humains - est devenue en quelques années un secteur hautement stratégique. Considérée comme la nouvelle révolution industrielle, elle devrait générer des potentialités économiques de grande ampleur et transformer profondément certaines professions.
Dans cette perspective, la faible proportion de femmes dans le secteur est "particulièrement préoccupante", relève Tanya Perelmuter, cofondatrice de la Fondation Abeona qui milite pour une IA responsable.
"L'IA va transformer de très nombreux métiers existants et les personnes qui vont réussir seront celles qui maîtrisent les outils et n'en ont pas peur", ajoute-t-elle. Il est essentiel que les femmes "prennent le train en marche, et pas seulement comme passagères: elles doivent être aux commandes".
- Décrochage -
Pour tenter de renverser la vapeur, les spécialistes du secteur s'accordent sur l'importance d'une sensibilisation dès l'école primaire, où les stéréotypes de genre liés à certains métiers doivent être déconstruits.
Dans le numérique, deux fois plus d'apprenantes que d'apprenants déclarent avoir été découragées, notamment pour le motif qu'il ne s'agirait pas de "métiers de femmes" (pour 33% d'entre elles), selon le dernier baromètre GenderScan publié début 2024.
"Il y a un vrai enjeu d'éducation et d'orientation", insiste Hélène Deckx Van Ruys.
Pour Elyès Jouini, titulaire de la chaire Unesco Femmes et Science à l'Université Paris Dauphine, "les conseillers d'orientation doivent être particulièrement sensibilisés" tout comme "les enseignants, les proviseurs et les familles".
"La parité est tout à fait accessible", estimait-il lors d'une audition au Sénat en mai 2024, prenant l'exemple de la Tunisie "qui compte 55% de femmes" dans les filières scientifiques ou encore le Sénégal "passé en moins de dix ans de 10% à 29% de femmes dans ces mêmes filières".
- Biais sexistes -
Pour l'heure, faute de femmes en nombre suffisant dans ces filières, "88% des algorithmes sont créés par des hommes", souligne Hélène Deckx van Ruys. "Et inconsciemment ou non, les hommes vont reproduire leurs biais".
En mars 2024, l'Unesco avait tiré la sonnette d'alarme dans une étude, pointant les préjugés sexistes véhiculés "sans équivoque" par les outils développés par OpenAI et Meta.
Les femmes y étaient décrites comme des travailleuses domestiques jusqu'à quatre fois plus souvent que les hommes et elles étaient fréquemment associées aux mots "maison", "famille" et "enfants" alors que pour les hommes les mots "entreprise", "cadre", "salaire", et "carrière" étaient privilégiés.
"Ces nouvelles applications d'IA ont le pouvoir de subtilement façonner les perceptions de millions de personnes, de telle sorte que même de légers préjugés sexistes dans le contenu qu'elles génèrent peuvent amplifier de manière significative les inégalités dans le monde réel", selon la directrice générale de l'Unesco Audrey Azoulay.
Face à ces biais sexistes, des initiatives ont vu le jour. L'Unesco a lancé un réseau pour une IA éthique (Women4Ethical AI). D'autres organisations, comme WomeninIA ou encore la Fondation Abeona, proposent des formations. Des appels sont parallèlement lancés pour inciter les codeurs à "encoder l'égalité", à savoir écrire l'égalité dans le code lui-même.
"Il est possible d'agir sur le plan technique pour corriger le tir", explique Tanya Perelmuter. "Mais les véritables solutions sont les solutions sociétales, et ça, ça va prendre du temps".
A.Ruegg--VB