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La surprise d'Artémis: la Lune frappée par des météorites en temps réel
Lors de leur vol autour de la Lune, les astronautes d'Artémis II de la Nasa ont vu sous leurs yeux des météorites s'écraser sur la surface lunaire, un spectacle rarissime qui attise la curiosité des scientifiques.
"Il s'agissait sans aucun doute de flash d'impacts sur la Lune. Et Jeremy (Hansen) vient d'en voir un autre", a ainsi décrit lundi le commandant Reid Wiseman en plein survol de l'astre, le premier réalisé par des hommes en plus d'un demi-siècle.
"Stupéfiant", a répondu, comme sonnée, la responsable scientifique de la mission, Kelsey Young, plus de 400.000 kilomètres plus bas.
"Je ne pense pas que je m'attendais à ce que l'équipage en voit lors de cette mission, donc vous avez probablement vu la surprise et le choc sur mon visage", a-t-elle confié le lendemain lors d'une conférence de presse.
Dans le centre de la Nasa de Houston, la description en direct de ces flashs de lumière causés par des impacts a été accueillie par des "cris de joie" de scientifiques, a-t-elle raconté.
Ce phénomène n'avait en effet été "que rarement observé", avait souligné lundi Jenni Gibbons, astronaute de réserve pour la mission Artémis II auprès de l'AFP. "Le fait qu'ils en aient vu quatre ou cinq est tout simplement remarquable", a-t-elle noté.
- "Aucun doute" -
Face à l'intérêt suscité par ces observations, les équipes de la Nasa ont questionné à nouveau mardi les astronautes sur ce qu'ils avaient vu. "Les éclairs étaient-ils brefs ou prolongés? Avez-vous remarqué une couleur?", les a ainsi interrogés Kelsey Young.
"Il s'agissait d'un point de lumière minuscule", a répondu le Canadien Jeremy Hansen avant d'ajouter "je soupçonne qu'il y en avait beaucoup plus".
"Je dirais qu'ils duraient une milliseconde, comme la vitesse à laquelle un obturateur d'appareil photo peut s'ouvrir et se fermer", a lui décrit Reid Wiseman, évoquant une apparence "blanc à blanc bleuté".
"Pour moi il n'y avait aucun doute sur le fait que nous voyions (un impact), et nous le voyions tous", a-t-il insisté.
Selon le décompte de la Nasa mardi, l'équipage aurait signalé au total six impacts de météorite.
Les équipes au sol cherchent à présent corréler ces observations avec les données d'un satellite orbitant la Lune, a fait savoir Mme Young, précisant par ailleurs que la majorité de ces observations se sont tenues durant l'éclipse solaire à laquelle a assisté l'équipage.
- "Préoccupation réelle" -
"Je suis personnellement surpris" qu'ils "en aient vu autant", confie auprès de l'AFP Bruce Betts, scientifique en chef de la Planetary Society.
Mais "c'est très intéressant", abonde-t-il, car ces descriptions d'impacts lumineux pourraient nous permettre de nous faire une meilleure "idée de la fréquence de ces impacts", abonde-t-il.
Mais aussi de leur taille. "Pour que cela puisse produire un éclair visible par des astronautes à 6.000 kilomètres de distance (...) ce n'est certainement pas un grain de poussière, mais pas non plus un gros rocher".
Ces observations soulèvent donc de nombreuses questions et illustrent le besoin "d'une surveillance plus étroite à l'avenir" et surtout "avant la mise en place d'une base lunaire", abonde Peter Schultz, professeur émérite en géologie planétaire à la Brown University auprès de l'AFP.
Alors que les Etats-Unis ambitionnent via leur programme Artémis d'établir dans les années à venir une présence humaine durable sur la Lune avec la construction d'une base au sol, la question des roches tombant du ciel va se poser.
Si sur la Terre, l'atmosphère terrestre fait en sorte que "tout ce qui est petit brûle" avant de toucher le sol, il n'en est pas le cas sur la Lune, relève Bruce Betts.
Sur la Lune comme ailleurs dans l'espace, la question des météorites est donc "une préoccupation réelle" et constituera un "défi" à relever.
S.Spengler--VB