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Mondial-2022: pour les migrants du Golfe, le cricket passe avant le foot
A sept heures du matin, au pied des gratte-ciel du centre-ville de Dubaï, près de 200 expatriés originaires du sous-continent indien, battes et balles de tennis à la main, s'adonnent à leur sport favori: le cricket.
Comme toutes les fins de semaine, une dizaine de matches informels se jouent sur cette aire de stationnement, située à quelques pas du centre financier du riche émirat du Golfe, sous les rames du métro aérien et le regard de policiers, garés un peu plus loin.
Alors que le Qatar voisin s'apprête à accueillir le premier Mondial de football dans la région, aux Emirats arabes unis, les joueurs ne parlent que de la Coupe du monde de cricket Twenty20 --une forme plus récente et accélérée du cricket traditionnel-- qui s'est déroulée en Australie.
Le dernier match entre l'Inde et le Pakistan, en octobre, aurait pu coûter cher à Faisal, un chauffeur indien de 35 ans.
"J'ai failli provoquer un accident, je regardais le match sur l'écran de mon téléphone", raconte-t-il. "J'adore tellement le cricket!"
Les monarchies du Golfe abritent des millions de travailleurs venus du sous-continent indien, dont le traitement a valu de nombreuses critiques au pays hôte de la Coupe du monde.
Aux Emirats arabes unis, où vit une communauté indienne de 3,5 millions de personnes --contre environ un million d'Emiratis-- il est plus fréquent de voir dans la rue des joueurs de cricket que de football.
- "Nos propres patrons" -
"On suit les matches de cricket même quand on est en train de jouer nous-mêmes", affirme Dinesh Balani, un expatrié indien de 49 ans. "On suit ce sport au travail, aux toilettes, n'importe où".
Dans un coin du stationnement, des enfants se disputent une partie de cricket, et un peu plus loin, une équipe féminine s'entraîne.
Les balles de tennis, recouvertes de ruban adhésif pour les rendre moins rebondissantes, s'abattent sur le terrain, disparaissant parfois sous les voitures stationnées sur les côtés.
Employé dans l'immobilier, Dinesh Balani, qui joue au cricket dans les rues de Dubaï depuis 1995, a monté une équipe de 30 joueurs, les D-Boys.
Selon lui, le cricket est une échappatoire pour de nombreux travailleurs occupant des emplois fastidieux ou stressants, souvent mal payés.
"Nous sommes soit des ouvriers ou des employés, c'est le seul endroit où nous pouvons nous défouler", dit-il. "Personne n'est là pour nous diriger, nous sommes nos propres patrons."
Pour Amreen Vadsaria, une jeune femme d'origine indienne qui a grandi en Nouvelle-Zélande, le cricket lui a permis de se "rapprocher de (sa) culture". "C'est un sport très important dans mon pays", dit la femme de 22 ans qui dit admirer la superstar indienne Virat Kohli.
- "Réunion de famille" -
Les Emirats ont par ailleurs laissé leur marque dans le monde du cricket professionnel, accueillant les matches de l'équipe nationale du Pakistan, qui a été pendant des années privé de compétitions internationales sur son sol à la suite de l'attentat de 2009 commis contre l'équipe du Sri-Lanka à Lahore.
En 2020 et 2021, la prestigieuse Indian Premier League (IPL) s'est exceptionnellement déroulée dans le riche Etat pétrolier du Golfe, qui a également organisé la Coupe du monde Twenty20 l'année dernière, ainsi que plusieurs Coupes d'Asie.
A Dubaï, toujours en chantier, le cricket de rue se déplace d'un coin à l'autre de la ville, au fur et à mesure que les terrains vagues sont remplacés par des tours et des centres commerciaux.
Mais les joueurs ne sont pas près de décrocher leurs battes.
"Cela fait partie intégrante de notre vie", affirme Dinesh Balani qui se passionne pour ce jeu depuis l'âge de 5 ans.
"Des liens d'amitié se nouent entre les joueurs, ainsi qu'entre leurs familles et leurs enfants", raconte-t-il.
Pour lui, ces matchs sont "comme une grande réunion de famille".
L.Dubois--BTB