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Badminton: pourquoi le "Bad" français vit enfin son âge d'or
Les sacres mondiaux d'Alex Lanier et de la paire Thom Gicquel et Delphine Delrue dimanche en Inde ont sonné comme l'apothéose du badminton français, récompensant par la même occasion la formation tricolore, après des décennies d'attente.
Ces deux titres sont "l'accomplissement et l'aboutissement d'un travail" à la Fédération depuis plus de 25 ans, s'est félicité lundi auprès de l'AFP son président Franck Laurent.
"On récolte les fruits de toute une structuration qui a été mise en place progressivement", analysait déjà le DTN Cyrille Gombrowicz avant les Mondiaux, évoquant les très bons résultats français depuis plusieurs mois.
Victoires sur le circuit international, titres européens, deuxième place aux Mondiaux par équipes, la liste était déjà dense. Dimanche, le double succès français, jamais vu auparavant, a récompensé le fameux "travail", notamment marqué par une refonte du système de formation et le développement d'une culture de la performance.
"On a remis en cause notre modèle de haute performance vers les années 2015, explique Franck Laurent, on a fait venir des entraîneurs étrangers."
Dès les années 2000, la création d'Écoles françaises de badminton (EFB) avait aussi permis de mettre en place un système de détection, avant celle de nombreux postes d'entraîneurs dans la décennie suivante.
- Trois joueurs dans le top 15 -
Ces dernières années, "on arrive à maturité, nos joueurs sont professionnels à plein temps. Aujourd'hui à l'INSEP ils sont cinq, six entraîneurs. Il y a quinze ans, c'était deux ou trois", rappelle le président.
De plus, "on n'a plus du tout le même volume d'entraînement, ni le même niveau de compétence parce qu'on va chercher les meilleurs entraîneurs du monde", poursuit-il.
La Fédération s'est aussi appuyée sur le Français Thierry Soler au poste de directeur de la performance depuis 2022 et sur l'Espagnol Fernando Rivas -- ex-entraîneur de la championne olympique et triple championne du monde Carolina Marin -- en tant que responsable des séniors de 2022 à 2025, apportant notamment "la data au service de la performance", explique Cyrille Gombrowicz.
Aujourd'hui, la France place ainsi trois joueurs dans le top 15 mondial avec Lanier et les frères Popov. En double mixte, Gicquel et Delrue sont cinquièmes.
Franck Laurent parle d'ailleurs "d'ère d'or" du badminton tricolore, évoquant la "génération derrière qui arrive", à l'image des U19, sacrés champions d'Europe par équipes samedi.
- "Carence terrible" chez les dames -
Mais de nombreux progrès restent à accomplir, tout particulièrement chez les dames. "On a une carence qui est terrible, c'est le gros point noir du badminton français", déplore le président de la FFBad.
Ce retard au haut niveau s'explique en partie par des causes structurelles: les filles sont moins nombreuses à jouer au badminton (seulement 36-37% des licenciés). Et peu d'entre elles "acceptent de sacrifier leurs études pour le sport", analyse-t-il.
Pour y remédier, cela passe notamment par une féminisation de l'encadrement: seulement 20% des dirigeants sont des femmes. Pire, elles ne représentent que 7% des entraîneurs.
Des actions concrètes seront menées à la rentrée, surtout pour 2027, promet Cyrille Gombrowicz, quand un plan de développement est prévu dans les mois à venir.
- Nombre croissant de licenciés -
Désormais, l'ambition de la France est de "devenir une nation majeure du badminton. On n'y est pas encore", reconnaissait Gombrowicz il y a quelques jours.
Sans même parler de palmarès, la France (9e au classement mondial par équipes) est à des années de la Chine et de ses 250 millions de pratiquants, mais son nombre de licenciés est croissant.
Depuis les JO-2024 de Paris, elle a gagné 30.000 licenciés, atteignant désormais les 242.000 adhérents selon la FFBad.
"Avec deux titres de champion du monde juste avant la rentrée (scolaire), ça va faire exploser le nombre de licenciés", prédit l'ex-N.1 français Brice Leverdez.
"Mais on a encore un problème d'équipement, on est sous-équipés, à un point que les clubs sont obligés de refuser des adhérents", regrette-t-il. Un autre axe d'amélioration afin de continuer à former de futures champions.
A.Ammann--VB