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Equipage féminin autour du monde: "Je ne sais pas si les gens mesurent d’où l’on part" (Alexia Barrier)
À la tête du premier équipage féminin à avoir franchi le cap Horn en maxi-trimaran, Alexia Barrier a souligné mercredi l'aspect inédit de son tour du monde: "Des femmes à la barre d'un multicoque géant, c’est comme en Formule 1: ça n'existe quasiment pas".
La dernière tentative de battre le prestigieux Trophée Jules Verne avec un équipage féminin, menée par la Britannique Tracy Edwards en 1998, s'était arrêtée à l'approche du Cap Horn, après le démâtage du "Royal and Sun Alliance".
En remontant l'Atlantique vers Brest, où elles sont attendues fin janvier deux mois après le départ, les navigatrices du Famous Project avancent désormais en pionnières, malgré leur retard sur le temps de référence.
QUESTION: À 15h14 mardi, vous avez passé le dernier cap de référence de votre tour du monde sans escale, quelle a été votre réaction ?
REPONSE: "Passer le Horn, c’est toujours une libération, une délivrance. Une fois que tu l’as derrière toi, il ne reste plus que l’Atlantique à remonter, un terrain plus connu. Il y a aussi une forme de nostalgie, parce que naviguer dans le Grand Sud, c’est rare, précieux, même si c’est extrêmement dur. C’était mythique, comme toujours. On a vu la terre, et surtout j’ai remarqué dans les yeux des filles ce que j’avais ressenti la première fois que je l’ai passé (Vendée Globe 2020/2021, ndlr). C’était un grand moment collectif, très fort. Cela valide quelque chose d’essentiel pour notre projet".
Q: Quelle était votre motivation principale au moment de partir de Brest il y a 40 jours ?
R: "Je ne sais pas si les gens mesurent d’où l’on part. Des femmes à la barre d'un multicoque géant, c’est un peu comme en Formule 1 : ça n'existe quasiment pas. Faire un tour du monde sur un maxi, c'est ce qu'il y a de plus engagé, il faut trouver les partenaires, avoir le savoir-faire, se préparer. Être là où on est aujourd'hui, même avec un bateau ancien et sans exactement les mêmes moyens que les plus grosses écuries, c'est une immense fierté. L'objectif était de faire bouger les lignes de notre sport, montrer qu'avec des opportunités on pouvait aussi aller loin".
Q : Plusieurs des navigantes n'avaient jamais vu les mers du Sud, comment ont-elles évolué ces dernières semaines ?
R : "Elles sont impressionnantes. Pas une n’a craqué en quarante jours de mer, dans le froid, l’humidité, sur un bateau exigeant. Au début, certaines n’osaient pas trop donner leur avis, puis elles ont pris leur place, apporté des idées. Je les ai vues grandir. Voir Déborah (Blair), 25 ans, faire son premier tour du monde en multicoque, passer son premier cap Horn, c’est exactement pour ça qu’on fait ce projet : on a semé une graine pour les femmes en multicoque".
Q : Quel est désormais l’enjeu de la remontée de l’Atlantique ?
R : Les mauvaises surprises viennent surtout des êtres humains : cargos, filets, objets flottants. Le bateau va vite. Il faut rester lucides, vigilantes, alors que la fatigue est là depuis longtemps. J’ai envie d’arriver le plus vite possible pour conclure ce chapitre en un temps raisonnable. Ensuite, il faudra continuer sur cette lancée collective, imaginer d’autres projets, d’autres records. Il n’y a pas beaucoup d’opportunités: il faut battre le fer tant qu’il est chaud et continuer à mettre en avant les femmes qui veulent naviguer".
F.Fehr--VB