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Le basket français vit son âge d'or
Des sélections habituées aux podiums, une formation qui irrigue les meilleures ligues du monde et des clubs enfin compétitifs au plus haut niveau européen: le basket français vit probablement sa meilleure période après des années au pain sec.
L'amateur de basket français qui se réveillerait aujourd'hui d'un coma de 15-20 ans se frotterait probablement les yeux pour y croire.
Sous son sapin de Noël, deux clubs du championnat de France (Paris et Monaco) aux deux premières places de l'Euroligue, dont le top 20 des meilleurs marqueurs est bleu-blanc-rouge à 25%.
La hotte 2024 est également garnie par la présence d'un Français en première position de la draft NBA pour la deuxième année de suite (Zaccharie Risacher après Victor Wembanyama), de deux médailles d'argent aux Jeux olympiques et de quatre titres (plus une finale) sur huit sélections jeunes engagées cet été dans les compétitions internationales.
Si la bonne santé des sélections remonte à plusieurs années, le basket de clubs a laissé les années de plomb derrière lui, malgré le bémol des droits télévisés: Monaco est devenu en 2023 le premier club du championnat à participer au Final Four de l'Euroligue depuis 1997 et l'Asvel.
Les deux premières décennies du XXIe siècle ont été une longue période d'errance pour les formations françaises, dont aucune n'a participé aux play-offs de la C1 entre 2000 (Villeurbanne) et 2022 (Monaco).
La France a même été boutée hors de la principale compétition européenne entre 2016 et 2019 après avoir pris position pour la Fiba (fédération internationale) dans le conflit qui l'opposait avec l'Euroligue.
"Quand on est champion de France en 2016 sans Euroligue au bout, c'est dur à accepter. Donc je suis rentré dans trois ans de discussions sans relâche avec Jordi Bertomeu (alors PDG de l'Euroligue, NDLR)", rembobine pour l'AFP Tony Parker, le propriétaire de l'Asvel.
L'Euroligue accorde finalement une licence longue durée au club villeurbannais, convaincue par les projections financières et futures infrastructures (Arenas près de Lyon et à Paris), vecteur de croissance essentiel où la France rattrape progressivement son retard.
- Budgets et investisseurs -
Outre Parker à Villeurbanne, le Russe d'origine Aleksej Fedoricsev à Monaco et les Américains Eric Schwartz et David Kahn à Paris ont apporté les fonds nécessaires pour se faire une place au soleil en Euroligue. Le club de la Principauté a même attiré l'une des vedettes du basket européen, l'Américain Mike James.
Le rapport en termes de budget avec les grosses écuries européennes est désormais de 1 à 2 ou 3, alors qu'il était de 1 à 5 ou 6 il y a 15-20 ans.
Les clubs français ne pouvaient alors lutter sur la durée et le manque de profondeur de leurs effectifs "avait des conséquences sur le championnat de France", se souvient Vincent Collet, qui a guidé Le Mans, l'Asvel et Strasbourg en C1.
"L'énergie qu'on mettait le jeudi ou le vendredi (sur la scène européenne), tu la payais le week-end (en championnat), parce qu'on était rarement armé pour pouvoir tenir les deux compétitions", ajoute-t-il.
Résultat: des champions de France différents se succèdent en Euroligue, un manque de hiérarchie préjudiciable pour s'installer durablement.
Ils sont cette saison trois, ce qui augmente mécaniquement les chances des joueurs français de s'affirmer au top niveau européen: Théo Maledon, de retour au sein d'une Asvel au teint très bleu-blanc-rouge, n'aurait peut-être pas eu une opportunité en Euroligue si un seul club français y participait.
"Maintenant, on n'a plus un seul club français capable d'absorber l'offre de joueurs français de top niveau, qui va croissante. C'est vraiment un cercle vertueux", souligne Olivier Mazet, agent de Mathew Strazel (Monaco), Nadir Hifi (Paris) et Guerschon Yabusele. Pilier du Real Madrid champion d'Europe 2023, ce dernier a renforcé, après des Jeux olympiques éclatants avec les Bleus, le contingent français en NBA en signant avec les Sixers de Philadelphie.
- Les deux jambes de la formation -
Même si Parker, l'un de ceux ayant ouvert la voie du succès des "Frenchies" aux Etats-Unis, souligne que "la NBA est maintenant beaucoup plus ouverte à drafter des Européens qu'à (son) époque", la France y envoie encore cette saison le plus de joueurs étrangers (hors Canada).
La France fournit aussi aux clubs d'Euroligue le deuxième plus gros contingent derrière les Etats-Unis. Même si les chiffres ne disent pas leur impact et leur réussite, la tendance souligne la bonne santé de la formation française, emmenée par une génération 2004-2005-2006 exceptionnelle (Wembanyama, Risacher, Bilal Coulibaly, Tidjane Salaün, Alexandre Sarr, Nolan Traoré).
Elle aussi marche sur ses deux jambes et récolte les fruits de décennies d'investissements et de stabilité, au point d'être confrontée à une fuite des talents vers le lucratif championnat universitaire américain: d'une part la filière fédérale qui détecte et accompagne les talents dès l'adolescence sur tout le territoire (sélections départementales, pôles Espoirs régionaux, Insep), d'autre part les clubs, via notamment les centres de formation.
Ces derniers donnent davantage leurs chances aux jeunes Français dans un championnat désormais considéré par les recruteurs comme "le deuxième ou troisième en Europe (en concurrence avec la Turquie) derrière l'Espagne", selon Olivier Mazet.
Les jeunes joueurs s'aguerrissent et sont considérés comme "prêts à l'emploi" par les scouts NBA, explique Jacky Commères, DTN adjoint de la Fédération française de basket.
Des recruteurs particulièrement friands de l'impact physique des Français, leur caractéristique principale, dans un basket de plus en plus athlétique. Où la France compte, désormais.
D.Schlegel--VB