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Patinage: Papadakis et Cizeron, les artistes de la glace, tirent leur révérence
Eloignés des compétitions depuis plus de deux ans, les patineurs français Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, champions olympiques de danse sur glace en 2022 et qui auront participé à réinventer leur discipline, ont annoncé mardi qu'ils mettaient un terme à leur carrière.
"C'est avec une immense gratitude que nous décidons de tourner la page", ont-ils écrit dans un bref communiqué. "Un immense merci à notre public pour le plaisir partagé avec nous sur la glace. Nous emportons de merveilleux souvenirs."
Après leur titre olympique décroché dans la bulle sanitaire de Pékin en 2022, ils avaient apporté la touche finale à leur saison avec un cinquième titre mondial décroché en mars à Montpellier.
Ils avaient alors laissé planer le doute sur leurs intentions avant d'annoncer finalement quelques mois plus tard, au firmament de leur carrière, leur volonté de faire un break afin de "prendre le temps de se reposer", après 17 années de haut niveau.
Depuis leur mise en retrait du circuit compétitif, ils ont participé à de nombreuses tournées de spectacles à travers le monde, sans jamais fermer la porte à un retour et ont entretenu le mystère sur leurs projets.
Mais Papadakis et Cizeron, respectivement 29 et 30 ans, ont finalement décidé de tirer leur révérence, pour "prendre des chemins séparés", au terme d'une carrière éblouissante et ne défendront donc pas leur titre aux JO de Milan-2026.
"Nous n'aurions pas pu rêver d'une plus belle carrière", ont-ils ajouté. "Cette carrière, nous la devons à nos entraîneurs, nos parents, notre fédération, nos chorégraphes, entraîneurs physiques, mentaux, costumiers, agents, kinés, médecins, supporters, journalistes... sans qui nous ne serions jamais arrivés au plus haut niveau de notre art."
- De nouveaux territoires -
Pour les deux patineurs, l'aventure avait démarré sur la glace de Clermont-Ferrand lorsque Catherine Papadakis, leur premier entraîneur et mère de Gabriella, décide de les associer en 2005.
Entre Gabriella, au rire facile et sonore, et Guillaume, plus réservé, le courant passe immédiatement.
C'est ensuite à l'été 2014, avant leur deuxième hiver en seniors, que la carrière des deux danseurs connaît un coup d'accélérateur. Les deux Français posent leurs valises à Montréal pour rejoindre leur entraîneur Romain Haguenauer et l'école montée par les Canadiens Marie-France Dubreuil et Patrice Lauzon. Ils y trouvent l'équipe et les conditions d'entraînement qui les propulseront vers les sommets.
Depuis, Papadakis et Cizeron ont accumulé les récompenses: cinq couronnes mondiales (2015, 2016, 2018, 2019 et 2022), cinq européennes (2015-2019), une médaille d'argent aux JO-2018 et enfin la consécration olympique en 2022.
Mais au-delà des médailles, le monde du patinage retiendra surtout des deux Français une ambition artistique inégalée.
Loin du kitsch et des paillettes qui inondent souvent les patinoires, ils ont démontré, programme après programme, leur volonté constante d'explorer de nouveaux territoires.
"On veut innover, faire ce que personne n'a jamais fait et emmener le patinage dans une direction nouvelle", ambitionnait Papadakis dès 2016, alors fraîchement double championne du monde.
Dès leurs débuts, ils n'entendaient "pas seulement battre les autres" mais aussi "toucher les gens": mission réussie haut-la-main.
De "To Build a Home" du groupe britannique Cinematic Orchestra en 2016, à l'Elégie de Fauré récompensée de l'or aux JO-2022, ils auront marqué leur époque par la grâce et la légèreté de leur patinage ainsi que par leur qualité d'interprétation, leur domaine d'excellence.
- Le "cauchemar" de Pyeongchang -
Un autre programme du couple restera également dans les mémoires, mais pas pour les raisons qu'ils auraient espérées. Venus pour l'or aux JO de Pyeongchang en 2018, les deux patineurs y vivent leur "pire cauchemar".
Dès les premières secondes de leur danse rythmique, patinée sur l'immense tube "Shape of You" d'Ed Sheeran, le tour du cou qui retient le haut à franges de Papadakis se détache. Déstabilisés par cette mésaventure, ils perdent de précieux points, et malgré un programme libre époustouflant, ils voient l'or se dérober sous leurs patins pour 79 centièmes!
Mais quatre ans après cet argent amer, les deux danseurs reviennent plus fort et parviennent à conquérir à Pékin le seul or qui manquait à leur exceptionnel palmarès.
"Ineffable" pour elle, "une machine à laver d'émotions" pour lui, qui s'est "retenu de hurler". "C'est hallucinant le poids de cette médaille. C'est le symbole de tout ce qu'on a traversé", explique alors Papadakis.
Après plus de deux ans de réflexion, les artistes de la glace ont finalement décidé d'en rester là, laissant l'impression d'avoir tutoyé la perfection tout au long de leur carrière.
S.Spengler--VB