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Mondiaux d'escrime: Cannone s'abonne aux podiums
Le champion olympique inattendu s'est mué en homme ne décevant jamais les attentes: Romain Cannone, médaillé de bronze en épée aux Championnats du monde à Milan mercredi, s'affirme comme une valeur sûre sans renier sa nature ni son escrime imaginative.
C'est une médaille "au goût de bagarre, de remise en question" savoure Romain Cannone au bout d'une saison, avec un seul podium en Coupe du monde, pas à la hauteur des attentes de ce "perfectionniste", selon l'entraineur adjoint de l'épée masculine Gauthier Grumier.
"Je dédie cette compétition à mon petit frère, Joshua, qui m'a beaucoup porté quand ça n'allait pas bien, pour me changer les idées quand j'ai quitté l'Insep et que je suis revenu partir vivre avec lui en appartement", livre l'œil humide le tireur de 26 ans qui a traversé des mois délicats.
Petit diable bondissant sur la piste, Romain Cannone a attendu son seizième de finale et deuxième match mercredi pour sortir de sa boite. "Au début il était un peu crispé", confirme Gauthier Grumier.
Mené 8-3 par le Suisse Alexis Bayard après des débuts trop sages, il a fini par égaliser (11-11), au prix d'une remontée, grâce à la spéciale Cannone, une touche au pied doublée d'un petit bonhomme – une esquive en se recroquevillant. Touche qu'il a doublée afin de prendre pour la première fois les commandes (12-11) et ne jamais les lâcher.
- "Je suis un peu comme Pogacar" -
"Il faut pas trop que je change ma nature", juge l'intéressé pressé par l'encadrement d'évoluer, ses adversaires ayant décortiqué son escrime. "Pour comparer avec le Tour de France, je suis un peu comme (Tadej) Pogacar, il faut que j'arrive à gagner de la maturité mais que je garde cette fougue." Ces touches créées par des esquives, celles qui le font exploser d'un cri animal, regard habité.
"Il me faut une allumette", livre "Pano", son surnom en référence à "Peter Pan" parce que quand il n'est pas sur la piste, il semble en lévitation. "Souvent, je trouve cette allumette dans un grand championnat parce que ça me tient à cœur."
Souvent, en effet. Après son sacre olympique, Cannone avait récidivé en conquérant le titre mondial individuel l'an passé au Caire et en contribuant à la couronne planétaire par équipe.
- "C'est un grand champion" -
"L'épée, ce n'est pas le sabre ou le fleuret, la hiérarchie est bien moins stable, il y a beaucoup de renouvellement. Il n'y a qu'à voir, du podium, Romain est le seul déjà médaillé", loue l'entraineur national de l'équipe masculine Hugues Obry.
À un an des Jeux olympiques de Paris-2024, où il ne vise rien moins que "l'or individuel et l'or par équipes", Romain Cannone n'a buté qu'en demi-finale (15-5) face au petit prodige italien Davide Di Veroli, couronné champion d'Europe le mois dernier à seulement 21 ans.
"En demie, je ne me suis pas exprimé, et ça, j'en suis conscient, il faut que je travaille dessus", reconnaît le champion olympique. À la limite d'une crampe dès les premiers pas, il a fini par s'effondrer à 7-3, devant passer entre les mains des médecins.
"C'est dommage, il passe à côté de sa demi-finale mais il peut être quand même satisfait, appuie Gauthier Grumier. Il a défendu son titre de champion du monde comme il fallait. Trois médailles individuelles en trois ans, beaucoup d'escrimeurs en rêveraient."
"Il assume son statut, observe Hugues Obry. Si des gens doutaient que c'était un grand champion (...) ils sont fixés. C'est un grand champion, il sera là à Paris et il est capable d'aller au plus haut."
J.Bergmann--BTB