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Argentine: autour de ses tri-campeones, Buenos Aires est une fête démesurée
Buenos Aires n'était mardi qu'une fête, gigantesque, démesurée, ses avenues gonflées de millions d'Argentins, pour communier avec ses champions du monde rentrés dans la nuit, pour une parade de victoire qui promettait d'être incandescente. Et surtout interminable.
A 11H45 (14H45 GMT), le bus des désormais "tri-campeones" a entamé son défilé depuis le siège de la Fédération argentine (AFA), et devait rallier à 32 km l'Obélisque, au coeur de la capitale, point névralgique des célébrations.
Mais trois heures plus tard, il n'avait parcouru qu'une dizaine de kilomètres, ralenti le long du chemin par des dizaines milliers de supporters, marée agglutinée de maillots ciel et blanc, a constaté l'AFP.
De partout, des banlieues de la capitale, de provinces, de Rosario à 300 km, ils étaient venus, partis parfois au coeur de la nuit, profitant d'un jour décrété férié pour venir partager l'ivresse du 3e titre mondial, et ont envahi dès les premières heures de la matinée la capitale. Ses avenues, puis diverses places, des bretelles d'accès...
Foule vertigineuse, qu'une source de la municipalité évaluait pour l'AFP a plus de 4 millions, sur toute l'étendue du parcours, hors et à l'intérieur de la ville de 3 millions d'habitants (près de 13 pour l'agglomération).
"Muchaaachos... ahora ganamos la tercera (maintenant on a gagné la troisième (NDLR)" de loin en loin, la chanson devenue l'hymne officieux des hinchas argentins résonnait le long des grandes avenues, fermées à la circulation, et dans le métro.
En alternance avec l'hymne national, plus que jamais à propos "Coronados de gloria..." (Couronnés de gloire...) et un répertoire inépuisable.
- Juste "les" voir -
Leur but ? Célébrer, communier, juste "les" voir. "Juste pouvoir les regarder passer, c'est beaucoup ! Rien que si Messi nous regarde un moment dans les yeux quand je filmerai pour moi c'est bon !" déclarait, hilare, Nicolas, 19 ans, venu à l'Obélisque avec une dizaine d'amis.
"36 ans qu'on n'avait pas gagné... J'en avais six quand on a gagné (le titre) en 1986. Je ne peux pas le dire avec des mots, juste avec de l'émotion", lâchait Paola Zattera, agente administrative.
Ils avaient été plus d'un million à l'Obélisque, selon la municipalité, jusque tard dans la nuit de dimanche pour fêter la victoire contre la France (3-3, 4 t.a.b à 2). Ce chiffre devrait exploser sans mal mardi.
Dans la nuit, Leo Messi, joueur de légende et capitaine, a été le premier à apparaître sur la passerelle de l'avion vers 02H30 locales (5H30 GMT), brandissant le trophée doré de la Coupe du monde, pour gagner le tapis rouge déployé sur le tarmac de l'aéroport d'affaire d'Ezeiza.
L'Airbus A330 bleu ciel et blanc d'Aerolineas Argentinas portait l'inscription "une équipe, un pays, un rêve" avec sur son aileron arrière des effigies de Messi, Rodrigo de Paul, ou Angel di Maria, autre héros de la finale, auteur du 2e but.
Les joueurs sont aussitôt montés dans un bus à impériale blanc, floqué de 3 étoiles et du "campeon del mundo (champion du monde, NDLR)", pour quelques heures de repos au centre d'entraînement, tout proche, de la Fédération argentine de football (AFA). Acclamés par plusieurs milliers de supporters, qui campaient depuis des heures, désireux d'être les premiers à saluer les héros.
Dès lundi après-midi, par grappes, en familles, avec des tentes, chaises de camping, parillas, tambours - et bien sûr ballons - ils s'étaient postés sur les larges bas-côtés ombragés du trajet d'environ dix kilomètres entre l'aéroport et l'AFA, prêts a passer la nuit.
- Messi vous dit "bonjour" -
"Buen dia" (Bonjour) a posté Lionel Messi au lever du jour sur son compte Instagram, accompagné d'une photo de lui endormi avec la Coupe du Monde dans les bras.
Puis dans un long message "Merci du fond du coeur !", affirmant que cette Coupe "est à tous, à ceux qui n'ont pas réussi lors des championnats du monde antérieurs", à ce "groupe magnifique de joueurs", et à "Diego, qui nous encourage depuis le ciel".
Le climax de la journée était attendu, à une heure de plus en plus incertaine, auutour de l'Obélisque, sur l'itinéraire d'une grande boucle que "tri-campeones" devaient emprunter en ville.
Un changement d'itinéraire impromptu n'était pas exclu, car emprunter l'Avenue 9 de Julio, l'un des plus larges du monde (140 m) paraissait a priori mission impossible, à travers la foule compacte.
Mais le retard pris par le bus commençait à inquiéter frustrer dans la foule: "Ils devraient décréter demain (mercredi) férié aussi", disait à l'AFP Claudia Nuñez, une employée de 31 ans. "Il y a des gens qui sont venus depuis la nuit dernière, et on entend qu'ils ne pourraient pas arriver jusqu'à l'Obélisque".
Dans l'attente, vouée a durer, les Porteños passaient les heures en déambulant de places en places, s'arrêtant ici et à pour chanter avec un groupe, pour suivre le parcours du bus sur des écrans géants.
Sauf annonce surprise, celui-ci ne devrait pas passer par la Casa Rosada, le palais présidentiel, absente de l'itinéraire initial. Après le dernier titre mondial, en 1986, Diego Maradona était apparu au balcon présidentiel avec le trophée, aux côtés du président Raul Alfonsin. Image restée dans les mémoires.
- "Voir son pays ainsi quand on l'aime..."-
Car cette troisième étoile pour l'Albiceleste, après celles des équipes de Daniel Passarella (1978) puis Maradona (1986), après la longue attente, les finales perdues de 1990 et 2014, porte la marque de Messi, septuple Ballon d'Or, et au soir de sa carrière, à 35 ans, désigné meilleur joueur du Mondial.
Messi, qui devait plus tard mardi ou mercredi rejoindre son Rosario natal, pour un nouvelle fête, un nouvel accueil en héros, désormais entré dans la légende, aux côtés de Diego Maradona.
"On recevra Leo à Rosario, et on va continuer à le fêter, pour des mois, des années...", promettait, radieux, Luciano Peralta, commerçant de 41 ans, venu à Buenos Aires partager cette "joie indescriptible, cette bénédiction, cette bouffée d'air, après tant d'années de crise économique".
"C'est émouvant, quand on aime son pays, de le voir ainsi...", résumait Cristina Vasquez, 42 ans, un maillot ciel et blanc sur les épaules, émue parmi plus d'un million d'autres.
H.Seidel--BTB