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Mondial: Stéphanie Frappart la pionnière
Petite voix" mais grande "diplomate", la Française Stéphanie Frappart va devenir la première femme à officier lors d'une rencontre de Coupe du monde masculine, en tenant le sifflet du match décisif du groupe E, Allemagne-Costa Rica, jeudi.
Première femme arbitre centrale en deuxième division française (2014) en Ligue 1 masculine (2019), première femme à diriger la Supercoupe d'Europe en août 2019, première femme à officier en Ligue des champions en décembre 2020, première à arbitrer lors d'un Euro en 2021...
Et voilà maintenant le Mondial, au Qatar.
"Une Coupe du monde, c’est le summum, la plus grosse compétition au monde", avait-elle expliqué fin septembre lors d'un point presse à Clairefontaine, après sa désignation pour le voyage au Qatar.
Plutôt qu'un accomplissement personnel, elle préférait y voir "la valorisation de l’arbitrage français. L’arbitrage français est reconnu à l’UEFA et à la Fifa, c’est bon pour l’arbitrage et le football français."
Clément Turpin, l'autre arbitre français à Doha à avoir tenu le sifflet lors du 1er tour du Mondial, loue son expérience. "Elle a fait des dizaines de compétitions internationales. Elle sait parfaitement comment on gère un événement intercontinental".
Avant d'en ariver-là, Stéphanie Frappart, 38 ans, a franchi tous les échelons avec une régularité parfaite, après avoir démarré l'arbitrage en 1996.
"Au début ça reste par passion. Je n’avais pas en ligne de mire la Ligue 1 ou quelque compétition que ce soit", explique-t elle.
- Arbitre depuis l'âge de 13 ans -
Ancienne joueuse de l'AS Herblay en région parisienne, elle arbitre depuis ses 13 ans. Elle a écumé les stades de deuxième division française durant cinq saisons avant d'être promue à l'été 2019 en Ligue 1, ce qu'aucune autre arbitre principal n'avait réussi à faire jusque-là.
Stéphanie Frappart fait alors rapidement l'unanimité, s'attirant les louanges des acteurs du jeu, qu'ils soient sur le terrain ou sur le banc de touche.
"Elle a beaucoup de diplomatie", avait ainsi confié en 2019 Christophe Galtier alors entraîneur de Lille. "Il suffit qu'elle sorte un regard, un sourire, un geste... et ça s'arrête."
"Elle a une petite voix mais elle a du charisme, de la personnalité", avait décrit le milieu Pierre Bouby, qui l'avait côtoyée en Ligue 2 avec Orléans. "Elle utilise des mots justes, elle explique, elle est diplomate et on peut discuter avec elle."
Sa carrière s'est emballée depuis, passant de la France à l'Europe.
Lors de Juventus Turin-Dynamo Kiev (3-0) en décembre 2020, elle devient la première femme à officier en tant qu'arbitre principale d'une rencontre de Ligue des champions, et sa performance ce soir-là, maîtrisée, avait été applaudie par la presse.
Puis ce sera l'Euro et enfin le Mondial. Entre les deux, elle arbitrera un autre match historique. En mars dernier, elle arbitré le match Barcelone-Real Madrid féminin devant 91.000 spectateurs massés dans le Camp Nou, record historique d'alors.
- "Parce qu'elles sont compétentes" -
Evidemment des questions sur le fait d'être une femme au milieu d'hommes lui sont régulièrement posées. Ses réponses sont comme sa façon d'arbitrer, ferme et diplomate.
"Moi, j'ai toujours milité pour qu'on soit prises en compte pour nos compétences et pas forcément pour notre genre. Si les filles ont des qualités, il faut leur laisser l'opportunité aussi d'y arriver", ajoute-t-elle.
"Depuis 2019, on a fait un grand pas en avant. Maintenant, ce n'est plus une surprise de voir des femmes arbitrer des hommes, quel que soit le continent ou le pays. Donc c'est dans la lignée de ce qui s'est fait auparavant et un peu plus mis en lumière", expliquait-elle en septembre.
Clément Turpin abonde. "Aujourd’hui elles sont sélectionnées non parce qu’elles sont des femmes mais parce qu’elles sont compétentes".
"C’est la première fois, mais ça s’inscrit dans un chemin pris depuis un petit moment", ajoute-t-il, refusant de lui donner des conseils.
La native du Val-d'Oise ne s'inquiète pas non plus de venir au Qatar, malgré les critiques qui entoure ce pays depuis sa désignation.
"C’est aussi un signe fort des instances de mettre des femmes dans ce pays-là. Je ne suis pas porte-parole féministe mais si cela peut faire avancer des choses… Je sais qu’on joue souvent un rôle, surtout dans le sport", explique-t-elle, se réjouissant d'avoir "toujours été bien accueillie" au Qatar.
Y.Bouchard--BTB