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La lutte contre le VIH est "mise en danger" par la chute de l'aide internationale, prévient l'ONU
Dépistage en recul, accès au traitement préventif en chute, distribution de préservatifs amputée: les coupes massives dans l'aide internationale désorganisent et mettent en "danger" la lutte contre le VIH, prévient vendredi l'agence de l'ONU chargée de combattre cette maladie.
"C'est la première fois que la lutte contre le VIH est aussi perturbée, depuis que le monde se mobilise contre cette maladie", souligne, dans un entretien avec l'AFP, Winnie Byanyima, directrice générale de l'Onusida.
Le combat contre le VIH, qui cause le sida, est "mis en danger par les coupes soudaines" dans l'aide internationale, selon elle.
Cette baisse est un mouvement général de la part de plusieurs pays développés depuis le milieu des années 2020. Les décisions les plus drastiques ont été prises par les Etats-Unis, sous le second mandat de Donald Trump, qui a quasiment démantelé l'agence américaine dédiée au sujet, l'USAID.
Mais d'autres pays - Allemagne, France, Royaume-Uni... - ont aussi nettement réduit leur aide internationale, mettant en difficulté nombre d'ONG et affectant la lutte contre des maladies, tel le sida, qui affectent principalement les régions les plus pauvres du monde.
Dans un nouveau rapport, l'Onusida liste plusieurs effets concrets et mesurables de ce phénomène. Entre 2024 et 2025, le nombre de personnes prenant la PrEP, un traitement préventif crucial dans la lutte contre le VIH, a chuté de 38% à travers une soixantaine de pays étudiés.
- Chute du dépistage -
Et dans les pays les plus touchés par le VIH, la plupart en Afrique subsaharienne, un important programme de dépistage a vu ses taux de participation chuter de 22%.
Les financements dédiés à la distribution de préservatifs, toujours au coeur du combat contre la propagation du VIH, se sont, eux, effondrés de 90%, selon le rapport. Quant à ceux dédiés à permettre l'accès à des programmes de prévention, ils ont chuté de 80%.
Cet effondrement frappe particulièrement les programmes organisés par les premiers concernés au sein d'une communauté, par contraste avec ceux lancés par des acteurs extérieurs comme les gouvernements ou certaines ONG internationales.
Or, "quand les services sont directement proposés par des personnes vivant avec le VIH, des travailleurs du sexe, des hommes gays, les gens viennent plus volontiers car ils se sentent en sécurité", explique Mme Byanyima.
L'Onusida estime que 570.000 personnes sont mortes du sida l'an dernier et que 1,2 million ont été infectées. Ces chiffres restent sur la tendance à la baisse observée depuis 2010, mais, selon l'agence, ne reflètent pas encore l'impact de la baisse des aides.
"On ne va pas tout de suite remarquer les nouvelles infections, il faudra des années", commente la dirigeante de l'agence, les premiers stades de l'infection au VIH étant dénués de symptômes, puis marqués par des manifestations relativement peu spectaculaires.
- "Pas de frontières" -
Certes, depuis la chute de l'aide internationale, une grosse cinquantaine de pays se sont engagés à augmenter par eux-mêmes leurs moyens pour lutter contre le VIH sur leur territoire.
Une évolution bienvenue, pour Mme Byanyima, mais qui "ne remplacera pas" les moyens internationaux en baisse, prévient-elle. Elle appelle à une "solidarité mondiale" contre un "virus qui ne connaît pas de frontières".
De nouvelles armes existent, comme le lénacapavir du laboratoire Gilead, très efficace dans la prévention comme le traitement de l'infection au VIH car il agit sur la durée et ne nécessite pas de prise fréquente. Mais il reste largement réservé aux pays les plus développés.
Prenant cinq pays africains comme champ d'études, le rapport constate qu'un peu plus de 6.000 personnes y recevaient ce traitement au printemps 2026. Une "goutte d'eau" par rapport à ce qui serait nécessaire, selon Mme Byanyima, pour qui il faudrait donner ce traitement à une vingtaine de millions de personnes.
Est-il encore possible d'éliminer le sida comme menace majeure de santé publique d'ici 2030, comme le visent depuis des années les Nations unies ? C'est "mal engagé", admet le rapport, mais pour Mme Byanyima, c'est encore possible.
C'est un choix "politique", prévient-elle, alors que l'ONU entame le 22 juin une Assemblée générale qui devrait adopter un texte régissant la réponse mondiale face au VIH dans les prochaines années.
G.Schmid--VB