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Le gouvernement tente de relancer la "grande cause" de la santé mentale
Si la santé mentale est officiellement "grande cause nationale" depuis plus d'un an, le bilan apparaît maigre à nombre d'acteurs. Le gouvernement revient mardi sur le sujet, avec notamment la promesse d'orienter immédiatement les élèves en difficulté vers un suivi adapté.
Pour détecter précocement les problèmes de santé mentale, chaque jeune qui sera "repéré" par l’Éducation nationale (médecins scolaires, infirmières scolaires, enseignants...) bénéficiera d'un "coupe-file pour avoir rendez-vous dans les 24-48 heures" avec un "psychologue, psychiatre ou pédopsychiatre qui pourra le prendre en charge", a annoncé mardi sur franceinfo la ministre de la Santé Stéphanie Rist.
Les professionnels de santé du territoire devront "s'organiser entre eux" de manière à "libérer des créneaux" pour ces "urgences", a poursuivi Mme Rist, assurant que "quand on repère des troubles psychiatriques plus tôt, on évite des hospitalisations".
Le fonctionnement exact de ce dispositif reste néanmoins à préciser, alors que la médecine scolaire comme la psychiatrie font face à un manque criant de personnel.
"Il y a de plus en plus de situations dégradées avec des événements graves, mais de moins en moins de médecins scolaires", a prévenu auprès de l'AFP Jocelyne Grousset, cosecrétaire du syndicat de médecins scolaires SNMSU-UNSA Education, mettant en garde contre le risque "d'engorger" les médecins par un mauvais adressage.
La ministre a par ailleurs annoncé mardi vouloir mettre fin aux pratiques de contention dans les établissements psychiatriques d'ici 2030. "Nous devons nous engager à ce zéro contention" pour garantir "la dignité humaine" et parce que la contention peut entraîner des troubles mentaux "encore plus forts", a-t-elle dit.
Par cette pratique, les patients hospitalisés sont physiquement entravés. Son abolition suivrait une revendication de longue date des associations de patients et de défenseurs des droits humains.
Là encore, le flou demeure sur la marche à suivre: "on initie les travaux", a expliqué le ministère de la Santé lors d'un point à la presse, admettant que "cet objectif ne va pas être atteint demain".
Certains médecins émettent des doutes sur le réalisme de cette mesure, faute d'ambition plus large sur une refonte de la psychiatrie française.
- Manque de moyens -
La ministre Stéphanie Rist s'exprimait avant d'accueillir dans l'après-midi d'autres représentants du gouvernement - Education nationale, Citoyenneté, Numérique... - à son ministère pour dresser un bilan de la grande cause lancée en 2025 autour de la santé mentale.
Celle-ci avait été décidée par l'ancien Premier ministre, Michel Barnier, lors de son éphémère passage à Matignon, avant d'être prolongée pour 2026 par l'actuel chef du gouvernement, Sébastien Lecornu.
La santé mentale a largement gagné en visibilité ces dernières années, notamment face aux préoccupations pour l'état mental des jeunes dans la période post-Covid, et, plus largement, dans un contexte depuis longtemps difficile pour la psychiatrie, frappée par un manque de moyens et de bras.
Mais, de l'avis général, la "grande cause" n'a guère donné de fruits, malgré l'annonce mi-2025 d'un plan interministériel. Fin mai, dans le Monde, un collectif d'élus - dont M. Barnier lui-même ainsi que d'ex-ministres de la Santé - et de soignants regrettait un "manque de visibilité sur la mise en œuvre d’actions concrètes".
Le gouvernement actuel met l'accent sur plusieurs réalisations; l'essor des "premiers secours" en santé mentale, visant à donner à tout un chacun les techniques pour répondre immédiatement à une situation d'urgence psychique, et la poursuite de "Mon Soutien Psy", un système qui permet de rembourser certaines consultations chez le psychologue.
Les deux sujets sont toutefois loin de faire l'unanimité. De nombreux psychologues refusent d'intégrer "Mon Soutien Psy", jugeant insuffisants les tarifs remboursés et le nombre de séances, et plusieurs spécialistes ont mis en cause le sérieux de certaines formations aux premiers secours, soulignant qu'elles étaient souvent données par des praticiens de pseudothérapies sans base scientifique.
Grâce à la grande cause, "on parle beaucoup plus de la santé mentale et mieux", a souligné auprès de l'AFP la psychiatre Rachel Bocher, co-signataire de la tribune du Monde. Mais "ça ne suffit pas: les mots ne suffiront pas à guérir les maux."
F.Wagner--VB