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Des journées harassantes pour un revenu médiocre : Médecins du Monde alerte sur le quotidien des livreurs à vélo
Journées à rallonge, faibles revenus, algorithmes opaques... Les livreurs à vélo sont en danger, alerte Médecins du monde dans une étude, dont la méthodologie est critiquée par les plateformes, qui estiment qu'elle méconnaît les spécificités du statut d'indépendant, au coeur de la controverse.
Pour son rapport Santé-Course, Médecins du Monde a interrogé plus de 1.000 livreurs à Paris et à Bordeaux au premier semestre 2025. Résultats: ces livreurs d'Uber Eats, Deliveroo ou Stuart travaillent en moyenne 63 heures par semaine, pour 1.480 euros bruts mensuels.
Des journées "épuisantes", dénoncent les livreurs, pour un revenu médiocre qui les contraint souvent à passer "une journée entière sans prendre un vrai repas" , alerte l'ONG.
Par ailleurs, chez ces travailleurs au statut d'indépendants, les plateformes et leurs algorithmes créent "une forte subordination" générant "stress" et "épuisement", estime-t-elle.
Une majorité écrasante de travailleurs affirme "suivre strictement les instructions par peur d’être déconnectés" de leur compte, ne pas savoir comment les plateformes attribuent les courses et avoir l'impression d'être "surveillés en permanence".
En mars 2025, l'agence sanitaire Anses affirmait que ce management par algorithmes, qui incite à enchaîner les courses, faisait peser des risques sur la santé des livreurs.
Ceux interrogés par Médecins du Monde évoquent effectivement douleurs au dos, aux épaules, poignets, mains, genoux, troubles urinaires en raison d'un manque d'accès aux toilettes, mais aussi fatigue chronique, anxiété, dépression.
Plus de la moitié affirment avoir déjà eu un accident. Parmi eux, 78% rapportent avoir été blessés.
Uber Eats, interrogé par l'AFP, conteste "les conclusions de ce rapport dont la méthodologie repose sur un nombre limité de témoignages", présentant un biais, Médecins du Monde ayant en partie sondé les livreurs dans des maisons associatives, que fréquentent les populations particulièrement précaires ; et à Paris et Bordeaux seulement alors qu'Uber Eats est présent dans 538 agglomérations.
- "Faux travail indépendant" ? -
En outre, cette enquête "méconnaît la base même de l’activité de livraison de repas, une activité complémentaire qui ne s’exerce que lorsque les clients passent à table", estime la plateforme pour qui le temps de connexion n'est pas assimilable au temps de travail, comme pour d'autres professions indépendantes.
C'est là le noeud du problème : les plus de 70.000 livreurs à vélo en France sont-ils réellement indépendants ou subissent-ils une forme de salariat déguisé sans en jouir des avantages ?
Un statut contesté sur lequel se sont déjà prononcés des tribunaux français, condamnant des plateformes comme Deliveroo ou Frichti pour travail dissimulé, et qu'entend corriger l'Union européenne.
Elle a ainsi adopté en novembre 2024 un texte visant à corriger le "faux travail indépendant" que subiraient "environ 5,5 millions" de travailleurs de plateformes. Les Etats membres ont deux ans pour transposer cette directive dans leur législation.
Le syndicat Union-Indépendants, représentatif de la profession, a appelé mardi "les pouvoirs publics à sortir de l’inaction. Laisser perdurer ce modèle revient à cautionner une dégradation continue des conditions de travail dans tout un secteur".
Deliveroo conteste également les conclusions du rapport, rappelant que les livreurs travaillant pour eux bénéficient d'une assurance couvrant les accidents, d'une assurance maladie et d'une responsabilité civile ; et que des équipements de sécurité sont à disposition de ceux qui en font la demande.
Pour Médecins du Monde, seuls 68% des livreurs ont une couverture santé, et beaucoup renoncent aux soins à cause de "problèmes de papiers" ou pour des raisons économiques.
En avril 2025, l’autorité de régulation du secteur (Arpe) avait publié des statistiques démontrant la chute drastique de leurs revenus entre 2021 et 2024.
Ce rapport "montre que Deliveroo se place parmi les plateformes les mieux disantes du secteur en matière de rémunération ces dernières années", se défend l'entreprise auprès de l'AFP.
"La mise en place d’un revenu minimum par commande a notamment permis aux livreurs de générer 21,50 euros par heure d’activité, en hausse de 5% en 2025", plaide de son côté Uber Eats, qui offre également une assurance contre les accidents du travail et les maladies professionnelles.
C.Stoecklin--VB