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Au procès Le Scouarnec, l'heure du réquisitoire
Après trois mois d'audience et de questionnements incessants, l'heure du réquisitoire a sonné vendredi au procès de l'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec, jugé à Vannes pour des viols et agressions sur 299 personnes, pour la plupart des patients mineurs au moment des faits.
Un seul fait de viol commis avec de telles circonstances aggravantes expose le pédocriminel à une peine maximale de 20 ans de réclusion.
Il ne fait pas de doute pour la plupart des protagonistes du procès que l'avocat général, Stéphane Kellenberger, demandera dans l'après-midi cette peine maximale pour l'accusé, déjà condamné en 2020 à Saintes (Charente-Maritime) à 15 ans de réclusion pour des viols et agressions sur plusieurs fillettes.
"Mon client est archi coupable", concède même son avocat Me Maxime Tessier.
La question est plutôt de savoir si la sanction demandée sera assortie d'une ou plusieurs mesures de sûreté pour éviter une récidive du pédocriminel, certes âgé de 74 ans mais dont la dangerosité a été abondamment soulignée par les experts et les parties civiles au fil des débats.
Pour les experts qui l'ont examiné, Joël Le Scouarnec est non seulement "totalement responsable de ses actes" mais présente aussi un très important risque de récidive.
En 2023, ils ne notent chez lui "aucune compassion" pour ses victimes et la psychiatre Isabelle Alamone juge son "profil très inquiétant", avec une "dangerosité criminologique très importante". Pour elle, la détention est actuellement "la meilleure garantie" contre un nouveau passage à l'acte.
"Même à son âge", "la vigilance sera toujours de mise, il n'y aura pas de guérison en tant que telle", dit-elle à la cour criminelle du Morbihan.
"Autant de victimes, je n'ai jamais vu ça, et autant de perversions sexuelles chez un individu je n'ai jamais vu ça. C'est un concentré", avait résumé de son côté Patrice Lenormand, expert psychologue qui a examiné l'accusé en 2021, alertant sur un risque de récidive "maximal".
- Plus de pulsion pédophile ? -
La défense de Joël Le Scouarnec a insisté quant à elle sur "l'évolution" de l'accusé depuis le début du procès, le 24 février. Lui qui niait de nombreux viols et s'abritait parfois derrière des "gestes médicaux" a en effet fini par reconnaître à Vannes l'intégralité des faits qui lui sont reprochés, qui s'étendent de 1989 à 2014.
Il en a même avoué d'autres, déjà prescrits, ou encore inconnus, comme ces violences sexuelles commises sur sa propre petite-fille qui font l'objet d'une nouvelle procédure.
Cela risque toutefois de ne pas peser lourd dans la balance, d'autant que l'accusé maintient dans le même temps qu'il n'a aucun souvenir individuel de ses victimes et des violences qu'il leur infligeait, les consignant ensuite scrupuleusement dans des carnets.
"Je ne sais pas, je ne me souviens pas", répète-t-il, suscitant fréquemment l'agacement de l'accusation et la colère des parties civiles.
Beaucoup d'avocats de victimes ont également remis en cause la sincérité de ses excuses, réitérées de manière presque mécanique au fil des semaines, parfois au mot près.
Quand il assure aujourd'hui ne plus avoir aucune attirance pour les enfants, "il se voile clairement la face et se ment à lui-même", a lancé jeudi Me Virginie Hamon durant sa plaidoirie.
Et de toute façon, "il ne faut pas réduire cette affaire à une affaire de pédophilie, fut-elle à grande échelle, ce serait une erreur de jugement impardonnable", a mis en garde Me Rodolphe Costantino, avocat de l'association Enfance et partage.
Pour lui, c'est "la perversion" de Joël Le Scouarnec, "enkystée" au cœur de sa personnalité, qui doit être prise en compte dans le jugement sous peine de "passer complètement à côté, comme on l'a fait en 2005".
L'ex-chirurgien avait été condamné en 2005 à Vannes pour détention d'images pédopornographiques à quatre mois de prison avec sursis, sans aucune interdiction d'exercer ou obligation de soins.
Il avait poursuivi sans encombre sa carrière et ses actes pédocriminels dans différents établissements de l'ouest de la France, jusqu'à son arrestation en 2017 en Charente-Maritime.
Le procès se poursuivra lundi avec les plaidoiries de la défense et les derniers mots de l'accusé, avant que les cinq magistrats de la cour ne se retirent pour délibérer.
Le verdict est attendu le 28 mai.
R.Fischer--VB