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"Nous vivons cachés": des immigrés sous le choc après les violences à Belfast
Le sol est jonché de graines de céréales et de débris, les murs calcinés. "Tout est brûlé, il ne reste plus rien", déplore Mohammed, gérant d'une épicerie orientale de Belfast prise pour cible lors d'émeutes anti-immigrés, rencontré jeudi par l'AFP.
Les gens étaient accueillants quand il s'est installé à Belfast en 2017 à son arrivée de Syrie, raconte-t-il devant le Sham Supermarket, dans une odeur persistante de plastique brûlé.
"La situation s'est vraiment dégradée ces deux ou trois dernières années", dit-il la voix tremblante, en tirant sur une cigarette. Il avait arrêté le tabac il y a 11 ans mais a repris après l'attaque mardi soir contre le magasin.
Ce soir-là, des violences anti-immigrés ont éclaté, à la suite de la diffusion en ligne d'une vidéo particulièrement choquante d'une attaque au couteau commise lundi soir à Belfast, dont le suspect est un réfugié soudanais, et qui a provoqué des appels à manifester relayés par l'extrême droite.
Le Sham Supermarket avait déjà été ciblé en 2024, et Mohammed n'a pas voulu donner son nom de famille par crainte pour sa sécurité.
A Belfast, des émeutiers cagoulés ont incendié un bus, des voitures, des commerces et des habitations, prenant notamment pour cible plusieurs logements appartenant à des familles d'immigrés ainsi que des hébergements pour demandeurs d'asile.
"Nous avons reçu des témoignages selon lesquels des personnes avaient été arrêtées dans leur voiture pour être interrogées sur leur nationalité alors qu'elles se rendaient au travail, et c'est tout à fait inacceptable", a déclaré jeudi à Sky News Hilary Benn, ministre chargé de l'Irlande du Nord.
- "Reconstruire" -
Husnain, un étudiant pakistanais de 27 ans, n'a pas été surpris par les émeutes, après avoir vu la colère en ligne en réaction à la vidéo de l'agression.
"Ca ne s'arrêtera jamais", dit-il. "Les gens commettent des crimes, et c'est nous qui finissons par en payer le prix".
Selon l'étudiant, bon nombre de ses amis et de ses proches musulmans sont restés chez eux depuis le début des manifestations. "Nous avons peur. (...) Nous vivons cachés".
La mosquée qu'il fréquente, le Belfast Islamic Centre, a fermé ses portes mardi et mercredi. C'est la première fois depuis son ouverture il y a près de 50 ans, selon son président, Mohammed Arshed, 73 ans.
La population immigrée a fortement augmenté ces dernières années à Belfast, dit-il. "Cela a peut-être inquiété certaines personnes, mais sans raison, car la plupart des gens qui arrivent sont des personnes paisibles", assure-t-il.
Ses enfants l'ont exhorté à rester chez lui mercredi, mais Mohammed Arshed a refusé: "Nous avons le droit de sortir dans la rue", a-t-il dit.
Sultan, le fils du propriétaire du Sham Supermarket, a indiqué que l'autre magasin de la famille était fermé depuis le début des émeutes.
Les violences "affectent tous les commerces, tout le monde (...), les habitants, les entreprises", dit cet homme de 25 ans. "Les gens perdent de l'argent à chaque minute", déplore-t-il, pendant qu'un employé jette de la viande calcinée.
Il estime que le coût des dégâts au Sham Supermarket va atteindre 400.000 livres (environ 460.000 euros).
"On ne peut pas expliquer ce que l'on ressent", dit Sultan. "Mais nous espérons pouvoir continuer et reconstruire à nouveau. La vie ne va pas s'arrêter".
C.Kreuzer--VB