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Présidentielle au Pérou: le candidat de gauche Sanchez en tête dans un duel au coude à coude
Le candidat de gauche Roberto Sanchez a pris lundi la tête du dépouillement du second tour de l'élection présidentielle au Pérou, dépassant de peu la candidate conservatrice Keiko Fujimori, dans un scrutin dont l'issue reste incertaine.
Après dépouillement de près de 95% des bulletins, M. Sanchez recueillait en fin d'après-midi 50,1% des voix, contre 49,9% pour Mme Fujimori, selon les chiffres de l'Office national des processus électoraux (ONPE).
Pour qu'un vainqueur soit proclamé, il faudra examiner des procès-verbaux contestés représentant quelque 450.000 votes, ce qui pourrait prendre plusieurs jours.
"Nous sommes très confiants et optimistes", a déclaré Roberto Sanchez à des journalistes lundi, soulignant toutefois attendre que l'intégralité des bulletins soient décomptés.
Face à l'insécurité devenue une grande préoccupation nationale, la candidate de droite a promis de déployer l'armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d'extorsion et d'expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits.
Son rival de gauche, qui a fait campagne la tête coiffée d'un chapeau paysan offert par l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, prône le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement de la justice et une réforme de la police.
Beaucoup d'électeurs espéraient que le scrutin permettrait de ramener une forme de concorde dans un pays marqué par une instabilité politique chronique avec huit présidents qui se sont déjà succédé depuis 2016. Or, l'élection a une fois de plus fait apparaître la fracture entre la côte, plutôt acquise à Mme Fujimori, et le sud andin rural et indigène, bastion de Roberto Sanchez.
- Pays divisé -
Dimanche soir, plusieurs milliers de partisans des deux camps s'étaient rassemblés dans différents quartiers de la capitale, agitant drapeaux et pancartes aux couleurs de leur candidat.
"Nous voulons un changement parce que nous sommes fatigués de la corruption du fujimorisme, qui gère le pays comme sa propriété privée", avait confié Marlene Veramendi, une sympathisante de M. Sanchez âgée de 46 ans.
Dans un autre quartier de Lima, les partisans de Mme Fujimori avaient affiché le même optimisme. "Je suis heureuse parce que je sais qu'elle sera une bonne présidente", a dit Gladys Silva, femme au foyer de 56 ans.
Près de 27 millions de Péruviens avaient été appelés aux urnes dimanche. Le vote est obligatoire et la journée s'est déroulée sans incident majeur, contrairement au premier tour le 12 avril, marqué par un record de 35 candidatures, des dysfonctionnements et des accusations de fraude.
Cette élection "traduit la division du pays (...). Quiconque l'emportera aura la moitié du pays contre lui", souligne auprès de l'AFP l'analyste Paulo Vilca, de l'Institut d'études péruviennes (IEP).
Keiko Fujimori, 51 ans, brigue la présidence pour la quatrième fois consécutive. Elle revendique l'héritage contrasté de son père, crédité par ses partisans d'avoir stabilisé l'économie et vaincu les guérillas des années 1980 et 1990, mais condamné pour corruption et crimes contre l'humanité.
Se présentant comme la candidate de la prospérité, elle a mis en garde contre le danger du "communisme".
Roberto Sanchez, député et ancien ministre de 57 ans, se présente pour la première fois, porté par un fort soutien dans les régions andines.
Il revendique l'héritage politique de Pedro Castillo, emprisonné depuis sa tentative avortée de dissoudre le Parlement en 2022. Roberto Sanchez a promis de le gracier s'il l'emporte.
M. Sanchez a assuré dans un entretien à l'AFP vouloir entretenir des relations "respectueuses" avec le président américain Donald Trump.
Sans que cela n'affecte le second tour, un juge l'a renvoyé devant la justice pour de présumées irrégularités financières au sein de son parti.
Quel qu'il soit, le vainqueur de l'élection devra relever le défi de l'insécurité et de la crise politique persistante.
Le Parlement, doté de larges pouvoirs, a contribué à la chute de plusieurs chefs de l'Etat. Aucun des deux candidats n'y a la majorité au Parlement.
Le futur président devra donc nouer des alliances pour aller au terme de son mandat. Il ou elle prendra ses fonctions le 28 juillet.
A.Ruegg--VB