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Venezuela: la capture de Maduro, une "chimiothérapie" nécessaire sur la route de la démocratie
Perkins Rocha, conseiller juridique de l'opposition, prisonnier politique libéré en février mais assigné à résidence, estime dans un entretien lundi à l'AFP que la capture du président déchu Nicolas Maduro a été une "chimiothérapie" pour "sauver" le Venezuela, et prône l'organisation rapide d'élections.
Ancien procureur et magistrat de la Cour suprême, Perkins Rocha, 63 ans, proche de la Nobel de la Paix Maria Corina Machado, a été arrêté en août 2024 lors de la répression qui a suivi la présidentielle de juillet, dont M. Maduro avait été déclaré vainqueur alors que l'opposition dénonçait une fraude.
Il a passé près de deux ans dans l'Hélicoïde, la redoutée prison pour prisonniers politiques. Libéré en février sous pression américaine après la capture de Nicolas Maduro le 3 janvier, il reste assigné à résidence avec un bracelet électronique, surveillé par des agents de police postés devant son appartement.
La justice vénézuélienne a rejeté sa demande d'amnistie et il est un des rares prisonniers politiques libérés à ne pas bénéficier d'une liberté de mouvement.
"Le 3 janvier, il y a eu une opération chirurgicale. Pour sauver le corps, il a fallu pratiquer une chimiothérapie", affirme Me Rocha.
L'intervention américaine, qui a fait une centaine de morts, "n'a plu à personne, mais c'était nécessaire pour sauver le corps (...) Maintenant il s'agit de rendre une âme à ce corps, et l'âme de ce corps qui respire encore, c'est l'aspiration démocratique. Le pontage ce sont les élections", ajoute l'avocat, poursuivant sa métaphore médicale.
"Nous voulons que le tuteur nous accompagne. Que ce corps soit utile non seulement pour le tuteur, mais pour la démocratie dans toute l'Amérique" latine, continue-t-il, sans citer nommément le "tuteur" américain.
Depuis le 3 janvier, de nombreux observateurs estiment que le Venezuela vit sous tutelle américaine. Le président Donald Trump s'est félicité de l'action de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, qui a notamment fait adopter des réformes dans les secteurs pétrolier et minier.
Contrairement à une partie de l'opposition et surtout à Washington, M. Rochas estime qu'il n'y a pas "de raison d'attendre" pour organiser une nouvelle présidentielle, assurant que l'opposition a déjà gagné en juillet 2024.
- "Irréversible" -
"Nous avons les mêmes conditions qu'en juillet 2024. Nous avons vaincu Elvis Amoroso (le président du Conseil électoral) avec son mensonge. Nous avons prouvé au monde que nous avions gagné".
Mais "la situation est différente", parce que le pouvoir ne pourra pas donner un "résultat falsifié" comme en 2024, dit-il.
Il critique également la réforme judiciaire promise par Mme Rodriguez: "Remplacer des noms par d'autres (...) ce n'est pas un changement. Il n'y a aucun changement dans le système de justice. Il y a l'apparence d'un mouvement".
"La tâche", réclamée par l'opposition et les Etats-Unis, "consistait à modifier les structures et à envisager la possibilité de construire un nouveau pays", précise-t-il.
Perkins Rocha se montre aussi très sceptique envers la loi d'amnistie promulguée en février. "C'est une très mauvaise loi, indépendamment du fait qu'elle a permis, soi-disant, la mise en liberté de nombreux Vénézuéliens injustement détenus".
Selon lui, ces libérations sont "davantage le fruit de la pression internationale que de la loi", laquelle est "un prétexte de l'administration servant à se justifier" pour "remettre en liberté ceux qu'elle qualifiait quelques jours auparavant de terroristes".
Comme de nombreux détenus politiques, M. Rocha est notamment accusé de "terrorisme". "J'ai cherché à garantir le respect de la souveraineté populaire (...) exprimée le 28 juillet 2024. Voilà mon crime".
"Nous avons été arrêtés dans des sorte de rafles (...) A l'Hélicoïde, j'ai rencontré des mères, des épouses, des fils et des filles de personnes que l'on recherchait. Ne les trouvant pas, le régime a choisi d'arrêter leur entourage pour faire pression (...) C'est une méthode que le régime nazi a beaucoup mise en pratique à son époque", souligne-t-il.
S'il vit aujourd'hui "dans le confort de (m)on foyer", il souligne que le bracelet électronique, bien moins lourd que les boules de fer attachées aux pieds des prisonniers sous les dictatures du XXe siècle, reste "cinglant pour l'esprit".
"J'ai découvert en prison que, avant d'être arrêté, je n'étais en réalité pas libre, ni moi ni les Vénézuéliens", analyse-t-il. Mais "aujourd'hui nous avons un nouveau panorama" après "une étape sombre, noire du pays", dit-il, estimant que le mouvement vers la démocratie est "absolument irréversible".
"Nous sommes dans un intérim difficile à définir sur le terrain politico-constitutionnel, mais c'est un préalable avant la véritable transition", juge Perkins Rocha.
H.Weber--VB