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Megaron, l'héritier de Raoni pour la défense de l'Amazonie
Dans la touffeur de la forêt amazonienne brésilienne, le leader autochtone Megaron se rafraîchit dans une rivière, un court répit dans son combat contre les menaces qui pèsent sur les terres de son peuple.
À 75 ans, cet homme aux longs cheveux blancs et au corps teint de formes noires grâce à des plantes amazoniennes commence à endosser un rôle auquel il se prépare depuis longtemps: succéder à son oncle, l'emblématique cacique nonagénaire Raoni Metuktire.
Reconnaissable à son grand plateau labial, Raoni, qui a consacré sa vie à sensibiliser le monde à la destruction de l'Amazonie, a été hospitalisé plusieurs fois ces dernières semaines.
Megaron Txucarramae a promis de poursuivre son combat lors d'un rassemblement de leaders du peuple Kayapo la semaine dernière, dans le village de Pikany, situé dans l'Etat brésilien du Para (nord).
"Je leur ai dit que j'allais continuer à lutter pour préserver non seulement la forêt et les terres indigènes, mais aussi notre santé, notre culture et notre langue", déclare-t-il à l'AFP depuis la berge.
Pykany se trouve dans l'un des nombreux territoires kayapos qui, ensemble, forment l'une des plus grandes zones de forêt tropicale protégée au monde, plus vaste que le Portugal.
De nombreux experts estiment que les réserves indigènes jouent un rôle essentiel dans le combat contre le changement climatique, en tant que remparts face à la déforestation.
- Homme de confiance -
Tout comme Raoni, Megaron est l'un des derniers représentants d'une génération d'autochtones nés avant les contacts fréquents avec le monde extérieur.
Il a vu le jour en 1950, à Piaraçu, village de l'Etat de Mato Grosso (centre-ouest), et son enfance a été marquée par la violence des incursions d'orpailleurs ou de fermiers tentant de s'accaparer les terres de son peuple.
"Je l'ai vu de mes propres yeux, un homme de main recruté par des fermiers a tué deux de mes oncles juste devant moi quand j'étais petit", raconte-t-il.
Au cours des années 1980, il était aux côtés de Raoni lors de grandes manifestations contre la construction du barrage de Belo Monte sur le Xingu, un grand fleuve d'Amazonie. Le chantier a finalement débuté en 2011 et le barrage, un des plus grands au monde, a été inauguré cinq ans plus tard.
En 2010, Megaron a qualifié le président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui était à l'époque à la fin de son deuxième mandat, d'"ennemi public numéro un" des peuples autochtones.
Sa mobilisation contre le barrage lui a coûté son poste de coordinateur de la Funai, organe public chargé des affaires indigènes.
Il a longtemps fait office de traducteur de Raoni - qui ne s'exprime qu'en langue kayapo dans ses discours officiels - lors de voyages à travers le monde.
"Confident" et "homme de confiance" du vénérable cacique, Megaron est devenu son héritier naturel "pour poursuivre son combat", explique Roiti Metuktire, 35 ans, petit-neveu de Raoni.
- Or empoisonné -
Pendant que des femmes préparent des piranhas fraîchement pêchés, Megaron fulmine contre les incursions dans les territoires indigènes d'orpailleurs qui polluent les cours d'eau au mercure.
Des intrusions en pleine recrudescence en raison notamment de la flambée du prix de l'or liée à l'instabilité mondiale.
"Le gouvernement a échoué à prendre des mesures pour les expulser définitivement", déplore Megaron.
Il doit voyager prochainement en Europe au sein d'un groupe de leaders autochtones pour exhorter des joailliers comme Cartier ou Bulgari à s'assurer que l'or de leurs fournisseurs ne provient pas de territoires autochtones.
- "Droite anti-indigène" -
Megaron ne cache pas son inquiétude au sujet de l'élection présidentielle d'octobre au Brésil, où il craint de voir triompher la "droite anti-indigène".
Lula, 80 ans, doit briguer un quatrième mandat, avec Flavio Bolsonaro comme principal adversaire dans le camp conservateur.
Ce sénateur de 45 ans est le fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), dont le mandat a été marqué par une forte hausse de la déforestation et de l'orpaillage illégal en Amazonie.
Lula a lui-même essuyé des critiques au sein des communautés indigènes, estimant qu'il aurait pu œuvrer davantage pour leur cause, même s'il a à son actif l'homologation de vingt nouvelles terres autochtones depuis 2023.
D.Bachmann--VB