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Aux Etats-Unis, des agriculteurs rattrapés par la guerre au Moyen-Orient
Andy Corriher a voté pour Donald Trump. Depuis sa ferme du sud-est des Etats-Unis, il constate, impuissant, que la guerre au Moyen-Orient fait s'envoler ses coûts et risque de réduire sa récolte.
"On a été touchés au pire moment possible. On a besoin d'engrais dont le prix explose et la disponibilité diminue", dit à l'AFP le cultivateur de 47 ans, en bordure d'un champ de blé vert tendre.
En riposte aux bombardements israélo-américains sur son sol, Téhéran bloque le détroit d'Ormuz, une voie maritime majeure pour le commerce d'hydrocarbures et d'engrais, dont les prix flambent.
Or ce sont deux postes de dépenses majeurs pour les agriculteurs, largement fidèles au parti républicain au pouvoir aux Etats-Unis.
A la présidentielle de 2024, Donald Trump est arrivé en tête dans 78% des comtés dépendants du secteur agricole, selon l'organisation Investigate Midwest.
Le républicain a imputé samedi l'emballement des prix "au monopole des engrais" et lancé: "Agriculteurs américains, on est avec vous!"
Basé dans la localité de China Grove, en Caroline du Nord, Andy Corriher attend toujours l'engrais azoté liquide commandé depuis plusieurs semaines. Le vendeur "dit qu'ils ne savent toujours pas quand ils pourront me livrer".
Selon lui, le prix a bondi a minima de 40% depuis la guerre. Le cultivateur a décidé d'en utiliser un tiers de moins, au risque de compromettre le rendement.
- "Bouleversant" -
A une cinquantaine de kilomètres de là, Russell Hedrick n'a eu d'autre choix que d'acheter la plupart de son engrais après la flambée des prix.
"Beaucoup d'agriculteurs américains n'ont pas assez d'espace" pour faire des stocks en amont, explique le quadragénaire en mélangeant des produits destinés à nourrir ses 400 hectares de soja et céréales.
Il a décidé d'utiliser le "strict minimum" d'engrais et d'en rajouter éventuellement par la suite.
Selon lui, même avant la guerre, les coûts étaient tels que "les agriculteurs devaient jouer aux chimistes façon Breaking Bad (en référence au titre d'une série américaine, NDLR) avec les engrais, pour en tirer le maximum".
Dans une autre ferme de Caroline du Nord, Derrick Austin peine à digérer des propos de la ministre de l'Agriculture, Brooke Rollins.
Elle a mis en avant le fait que 80% des agriculteurs américains avaient pu acheter l'engrais nécessaire avant le conflit.
"Ca m'a coupé le souffle", décrit l'homme de 55 ans, qui fait partie des 20% restants.
Il a appelé son fournisseur dès qu'il a appris la fermeture du détroit d'Ormuz et a réussi à négocier quelques dizaines de tonnes d'engrais azoté au prix antérieur "pour au moins pouvoir nourrir mon blé". "C'était bouleversant."
- "Dommages collatéraux" -
L'agriculture américaine "est en récession depuis deux ans" avec des revenus en recul, rappelle Chad Hart, spécialiste du secteur à l'université de l'Iowa, un Etat rural du centre des Etats-Unis.
Le conflit va aggraver la situation mais nombre d'agriculteurs ont pu limiter la casse et épandre des engrais sans surcoût astronomique, ajoute le professeur.
La moisson 2027 sera "davantage un motif d'inquiétude" si le conflit dure, estime-t-il.
"C'est comme si on n'avait pas vraiment réfléchi à toutes les conséquences (de la guerre, NDLR) pour les Américains", songe Andy Corriher, pour qui "tout le monde semble souffrir" de la flambée des prix du carburant.
L'agriculteur, qui a soutenu Donald Trump, a l'impression que ces répercussions ont "été en quelque sorte négligées, considérées comme des dommages collatéraux".
Interrogé sur sa perception du président, Derrick Austin dit qu'il "commence à remettre en question certains de ses raisonnements". Le gouvernement républicain "vaut toujours mieux que certaines alternatives", précise-t-il dans la foulée.
"C'est un humain comme nous. Je pense qu'il prend de bonnes décisions, je pense qu'il commet aussi des erreurs", remarque de son côté Russell Hedrick qui a mis trois fois un bulletin Trump dans l'urne (en 2016, 2020 et 2024).
R.Kloeti--VB