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En Cisjordanie, des Palestiniens indignés par la loi israélienne sur la peine de mort
Avec son fils emprisonné dans une prison israélienne, Maisoun Shawamreh peine à trouver le sommeil en Cisjordanie occupée, après l'adoption par le Parlement israélien d'une loi instaurant la peine de mort "pour les terroristes", visant les Palestiniens reconnus coupables d'attaques anti-israéliennes meurtrières.
"Je m'exprime en tant que mère d'un prisonnier, et au nom de toutes les mères de prisonniers. Je suis certaine qu'aucune d'entre elles n'a fermé l'oeil après l'annonce de cette nouvelle", confie mardi à l'AFP la Palestinienne lors d'un rassemblement à Ramallah.
La veille, le Parlement israélien a adopté une loi initiée par des députés d'un parti d'extrême droite membre de la coalition gouvernementale, introduisant la peine capitale pour les Palestiniens reconnus coupables d'attaques ou d'attentats meurtriers contre des Israéliens.
Le texte de loi "la peine de mort pour les terroristes" prévoit la pendaison comme mode d'exécution.
Son adoption a été vivement critiquée par des pays européens, le Conseil de l'Europe menaçant de priver Israël de son statut d'observateur.
L'Association pour les droits civiques en Israël (ACRI) a annoncé avoir déposé un recours en urgence devant la Cour suprême, dénonçant une loi "inconstitutionnelle".
A Ramallah, des dizaines de proches de détenus et membres de l'ONG Club des prisonniers palestiniens, ont organisé un sit-in devant le siège du Comité international de la Croix-Rouge, brandissant des portraits d'hommes emprisonnés et des pancartes "Stop à la loi sur l'exécution des prisonniers avant qu'il ne soit trop tard".
"Cette législation fasciste et raciste reflète le caractère discriminatoire" d'Israël "dans son traitement des Palestiniens en particulier car cette loi ne concerne même pas les Israéliens juifs qui tuent quotidiennement des civils palestiniens à travers les violences des colons" dans les villages palestiniens, a dénoncé Abdullah al-Zaghari, chef de l'ONG.
- "Honte" -
Le cadre général de la loi prévoit que toute personne "qui cause intentionnellement la mort d'une (autre) dans le but de porter atteinte à un citoyen ou résident israélien, avec l'intention de mettre fin à l'existence de l'Etat d'Israël, sera condamnée à mort ou à la prison à perpétuité".
Mais, pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée, le texte prévoit que la peine capitale soit la sanction par défaut si l'homicide est qualifié d'acte de terrorisme par la justice militaire israélienne.
Selon Qaddoura Fares, ancien président de l'Autorité des affaires des prisonniers et ex-prisonniers palestiniens, "cette loi constitue une menace pour la paix régionale et mondiale, car Israël sape en réalité le système de valeurs, d'accords et de lois internationales sur lequel le monde s'est accordé". "Par conséquent, Israël est un Etat hors-la-loi", fustige-t-il.
"C'est horrible", lâche Haitham, un employé d'une organisation humanitaire internationale de 28 ans. Mais "on s'y attendait (...) Que peut-on attendre d'un gouvernement avec des gens comme Netanyahu, Ben Gvir..?", dit-il à l'AFP, préférant ne pas donner son nom de famille.
Après l'adoption du texte par les députés, Itamar Ben Gvir, le ministre israélien de la Sécurité nationale d'extrême droite, a célébré en sabrant le champagne dans un couloir du Parlement, entouré de plusieurs autres élus.
A Tel-Aviv, la loi fait débat.
Pour Meyir Lahav, un médecin israélien, cette loi est "primitive" et "stupide", reflétant "des courants déplorables et inacceptables dans notre société. Nous devrions en avoir honte".
Tom, ingénieur logiciel, se montre plus nuancé. "Il y a des choses que j'aime et d'autres que je n'aime pas dans cette loi."
"Ce que je n'aime pas, c'est qu'elle ne s'applique pas à tout le monde. Si quelqu'un commet un meurtre, elle devrait être appliquée à tous, juifs comme arabes, musulmans", estime-t-il.
"La peine de mort est une très bonne chose, nous aurions dû l'instaurer il y a longtemps", lâche de son côté Noah Levi, un homme d'affaires. Selon lui, les Palestiniens "ont tué des innocents, c'est pourquoi nous devons prendre des mesures pour éviter une future catastrophe pour Israël".
La peine de mort existe en Israël, mais n'a été appliquée qu'à deux reprises: en 1948, peu après la création de l'Etat, contre un capitaine de l'armée accusé de haute trahison, et en 1962, lorsque le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann a été pendu.
M.Betschart--VB